Catalogue

Lion, sa cage et ses ailes (Le) (2/4)

1976, documentaire, 109 min, noir et blanc

Réalisation : Armand Gatti

Vidéos

En 1976 à Montbéliard, seconde ville ouvrière de France, Armand Gatti lance un projet en placardant une affiche "Un film, le vôtre", destinée aux ouvriers de l’usine Peugeot. Le résultat sera une série de six films "réalisés par les travailleurs migrants", plus un portrait de la "nébuleuse montbéliardaise" et un épilogue. Conditions de travail, licenciements abusifs, usines qui ferment, les mouvements de contestations agitent les milieux ouvriers en France durant les années 1960-70. Peu après de grandes grèves, Armand Gatti, qui ne trouve pas d’aide pour produire un film de fiction, développe un nouveau projet avec la collaboration du Centre culturel de Montbéliard. Les ouvriers immigrés de chez Peugeot vont être les premiers à se porter volontaires, et rapidement se dessinent des scénarii retraçant les spécificités de chacune des communautés étrangères. Cette collaboration entre l’auteur (mais aussi Hélène Châtelain et Stéphane Gatti) qui y retrouve ses expériences passées, et les travailleurs, souligne la diversité de la population concernée tout en rappelant ce qui l'unit : le travail à l’usine (horaires, chaîne, logement, transports) et les difficultés avec l’administration. Chaque film met en avant le regard d'un groupe sur sa propre condition, son histoire, son parcours, son identité culturelle.

3. Arakha - Film marocain

4. L'Oncle Salvador - Film espagnol

Images

Résumé

3. Arakha - Film marocain. Dans le Montbéliard de l'immigration, les mois de l'année n'existent pas : les deuils et les fêtes marquent le temps. En témoigne la mort de Mustapha, délégué CFDT, décédé accidentellement sur un chantier, que chante Pacha avec sa guitare. "Turcs, Marocains, Algériens, Tunisiens... C'est du droit à revendiquer d'être musulman qu'est né le scénario de ce film qui devait s'intituler Ramadan, devenu Arakha (En avant) en cours de tournage." Du collectif d'ouvriers qui s'est attelé au scénario du film pour raconter "la vie, la jeunesse, la mort, les congés, la maladie ; qu'est-ce que nous sommes ? un cageot d'oranges, c'est-à-dire une marchandise, rien de plus", 32 scénarii ont vu le jour ; seul le premier proposé a été tourné. Ajmi, Idrissi, Shériff et leurs camarades mettent en scène la vie quotidienne à Fort-Lachaux, les baraquements qui font office de logements pour les ouvriers marocains travaillant chez Peugeot. Dortoirs, levers difficiles pour aller travailler, prière, ménage, repas pris en commun, jeux de cartes rythment la journée de cette communauté strictement masculine, sans compter les fréquents contrôles de police qui interviennent à Fort-Lachaux même. Mais, donné par Radio Maroc écoutée sur un petit poste de radio, le signal de l'entrée dans le ramadan va occuper les hommes pendant un mois. Chants et musique célèbrent la fête religieuse.

4. L'Oncle Salvador - Film espagnol. La communauté espagnole sera représentée par une famille de dix personnes : Vicente le père, un des plus grands toréros de l'après-guerre, aujourd'hui OS chez Peugeot et militant CGT, Maruca son épouse, femme de ménage, les enfants Vicentino, CAP d'ajusteur, Marie-Thérèse, CAP de dessinatrice industrielle, et Ana-Rosa, lycéenne ; l'aïeule Magdalena, 40 ans d'exil... et l'oncle Salvador, ancien milicien dans les Brigades de Fer, aujourd'hui forain. "Dans notre ciel d'immigrés, il n'y a qu'une seule étoile, un poste TV qui fonctionne sans arrêt. C'est pour le faire taire que nous avons commencé ce film". "C'est une lutte où la 2e génération n'a d'autre hispanisme à revendiquer que celui paraphé par la corne d'une vachette camarguaise" commente Hélène Châtelain en off. Un ton nostalgique et désabusé repris par Salvador et Vicente, quand ils se lancent en fin de repas sur la corruption des syndicats ou à refaire la guerre civile d'Espagne, là où la révolution a échoué. Vicentino compte les points en ponctuant les diatribes d'allegro, mezza-voce et autre vivace. C'est à Buriana, en fin de film, que l'on retrouve Salvador, plantant des arbres dans son jardin. Les vestiges de la bataille de Teruel sont encore présents. "Les arbres meurent debout" écrit Vicente. Chacun des arbres de Salvador est comme le souvenir d'un combattant de la Colonne de Fer pendant la guerre civile, assassiné par les fascistes franquistes.

(Stéphane Gérard)

Descriptif technique

Production
Les Voyelles, La Parole errante, CAC Montbéliard, INA
Réalisation
Armand Gatti
Année
1976
Durée
109' (59'+50')
Double disque
Couleur / N&B
noir et blanc
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne