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Résumé
Je suis déjà mort trois fois (2025) suit l’acteur, scénariste et cinéaste Jacques Nolot au fil d’une journée (reconstituée) scandée par des plans fixes qui captent, avec une poésie d’inspiration akermanienne, son quotidien. Maxence Vassilyevitch brosse le portrait tendre, parfois grave mais toujours empreint de malice d’un octogénaire homosexuel qui livre les souvenirs d'une vie anticonformiste.
Du réveil - où le corps nu, marqué par l’âge, fait écho à la décrépitude de l’appartement - à l'endormissement devant Manège (1986), le film parle autant de mémoire et de solitude qu'il trouble la distinction entre réalité et fiction. Sous ses apparences de dévoilement, le film s'amuse à brouiller les pistes : à une structure à la fois binaire (dedans/dehors) et ternaire (à mesure que voix et image se rejoignent) répond un discours à double fond, celui du biographique et du fictionnel. Les motifs de sa trilogie autofictionnelle affleurent avec insistance : la nudité des corps âgés - tel le cadavre maternel de L'Arrière-pays (1997) -, l'enfermement du huis-clos dans La Chatte à deux têtes (2002), l'abondance des médicaments dans Avant que j'oublie (2007)... Jusqu’au lieu même du tournage - le même appartement que celui d’Avant que j’oublie -, le film se fait donc palimpseste, rejouant, citant, et détournant des scènes en exhibant même leur part de mise en scène. D’où une interrogation : la triple mort consommée dans le titre ne désignerait-t-elle pas moins une obsession qu’un tombeau, au sens poétique et musical du terme : l'hommage, fait par d'autres, à la mémoire d'un illustre personnage que la caméra, ici, continue de faire vivre ?
(Théophane Séguy--Loubradou)
Descriptif technique
- Production
- Venin Films
- Réalisation
- Maxence Vassilyevitch
- Année
- 2025
- Durée
- 64'
- Double disque
- non
- Couleur / N&B
- couleur
- Genre
- Documentaire
- Diffusion
-
- Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques : oui
- Projection publique : oui
- Diffusion en ligne : oui
Avis
Sélectionné par 
De Jacques Nolot, scénariste et réalisateur, on croyait tout savoir : son passé de prostitué, son goût pour la marginalité et la trivialité, mais aussi son amour de l’art et de l’élégance. Par une mise en scène discrète, Maxence Vassilyevitch brosse le portrait d’un homme au crépuscule de sa vie, fidèle à la légende tout en révélant sa complexité. À travers des anecdotes où Nolot se met en scène comme victime de ses mauvaises fréquentations, il apparaît à la fois pathétique et grand seigneur. Du vieil homme malade au guide sexuel du Bois de Boulogne, le film montre un être vivant, traversé de paradoxes. Son enfance et ses blessures, chargées de non-dits, esquissent un survivant, entre excès, lucidité et mélancolie.
(Sophie Lamy, Médiathèque Jean Falala)
