Catalogue

Lion, sa cage et ses ailes (Le) (4/4)

1976, documentaire, 50 min, noir et blanc

Réalisation : Armand Gatti

Vidéos

En 1976 à Montbéliard, seconde ville ouvrière de France, Armand Gatti lance un projet en placardant une affiche "Un film, le vôtre", destinée aux ouvriers de l’usine Peugeot. Le résultat sera une série de six films "réalisés par les travailleurs migrants", plus un portrait de la "nébuleuse montbéliardaise" et un épilogue. Conditions de travail, licenciements abusifs, usines qui ferment, les mouvements de contestations agitent les milieux ouvriers en France durant les années 1960-70. Peu après de grandes grèves, Armand Gatti, qui ne trouve pas d’aide pour produire un film de fiction, développe un nouveau projet avec la collaboration du Centre culturel de Montbéliard. Les ouvriers immigrés de chez Peugeot vont être les premiers à se porter volontaires, et rapidement se dessinent des scénarii retraçant les spécificités de chacune des communautés étrangères. Cette collaboration entre l’auteur (mais aussi Hélène Châtelain et Stéphane Gatti) qui y retrouve ses expériences passées, et les travailleurs, souligne la diversité de la population concernée tout en rappelant ce qui l'unit : le travail à l’usine (horaires, chaîne, logement, transports) et les difficultés avec l’administration. Chaque film met en avant le regard d'un groupe sur sa propre condition, son histoire, son parcours, son identité culturelle.

7. Montbéliard est un verre - Film italien

8. La Dernière Emigration

Images

Résumé

7. Montbéliard est un verre - Film italien. Il y a les immigrés italiens du Nord et ceux du Sud ; il y a les anciens de l'immigration italienne, aujourd'hui Français, qui occupent aujourd'hui des postes de contremaîtres, et les jeunes migrants qui veulent rappeler à leurs aînés leurs origines. Gian Luca, Vicenzo, Orazio, Pasquale, Gianni ont la vingtaine, ils sont arrivés avec Gramsci (le fondateur du parti communiste italien) dans leurs bagages ; leur film sera marxiste. Qu'elle soit du Nord ou du Sud, l'italianité, dans cette communauté masculine, passe avant tout par la quête de la femme. Orazio met en garde : "S'il faut la chercher, il ne faut surtout pas la trouver" ; tandis que Pasquale cherche désespérément la femme fellinienne. C'est Gian Luca qui a trouvé le titre au film : un verre pour rompre les pourparlers avec la solitude ; un verre comme un travailleur immigré : interchangeable ; un verre contre l'Italie qui leur a donné l'envie d'aller en France ; un verre contre la France qui leur donne envie de retourner en Italie ; un verre brisé contre le mur en pensant au contremaître ; un verre cassé contre le racisme ou la défaite de l'équipe italienne de foot. Dans le local où le film se concentre, ils manipulent de grandes photos les représentant. Les discussions (en italien non traduit) vont bon train, sur le scénario à suivre pour décrire leurs conditions de travail chez Peugeot ou sur la figure récurrente de Gramsci.

8. La Dernière Emigration. En guise de conclusion, Hélène Châtelain s'adresse en off aux participants des six films communautaires : "Vous allez vivre sur la pellicule une vie sans vous. Elle aura votre visage, vos voix, vos paroles, mais ce sera sans vous. Vous allez être recombinés à travers d'autres intelligences que les vôtres, comme ce fut le cas à Montbéliard. Vous voilà pas tout à fait enfermés. Et pour peu que le vent souffle, vous parlerez à la terre entière." Comme en hommage à toutes les individualités qui ont composé les six documentaires - dont Mustapha et Severian décédés en cours de tournage -, le film déroule des séquences déjà vues avec, en leitmotiv, les usines Peugeot, chaînes de montage et fumée blanche au-dessus des toits. Faire cuire le pain sur le gaz, frapper l’adversité à coup de poings, s’en aller pour revenir, s’en aller pour ne plus revenir, partir en restant sur place... Face au constat que l’immigration signifie la perte d'identité et que la seule qui puisse y avoir en échange est celle de l'ouvrier, il émerge une idée forte : rester soi-même, c’est résister. Avant que Gian Luca, Ajmi et Radovan concluent par un "l’internationalisme, c’est nous !", l'Italien confie : "Je mets en avant ce que j'étais jusqu'à il y a un an, Gian Luca, un homme tel que ma mère l'a mis au monde, avec sa force et sa culture. Maintenant je ne suis plus qu'un ouvrier métallurgiste."

(Stéphane Gérard)

Descriptif technique

Production
Les Voyelles, La Parole errante, CAC Montbéliard, INA
Réalisation
Armand Gatti
Année
1976
Durée
50' (40'+10')
Double disque
Couleur / N&B
noir et blanc
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne