Catalogue

Première Lettre (La) (3/3)

1979, documentaire, 155 min, couleur

Réalisation : Claude Mouriéras, Hélène Châtelain, Stéphane Gatti

Vidéos

Sollicité juste après l'expérience de Montbéliard (Le Lion, sa cage et ses ailes, 1976) par une association culturelle de la ville nouvelle de L'Isle-d'Abeau près de Lyon, pour un nouveau projet d'écriture collective, Armand Gatti s'empare de l'histoire du jeune Résistant Roger Rouxel, écrit un poème et l'offre à toute la population. De ce texte et des réponses qu'il suscite va naître une série de sept films. Résistant et condamné à la peine capitale pendant l'Occupation, Gatti a trouvé dans le destin de Rouxel, membre du groupe de Résistance Manouchian, fusillé à 18 ans en 1944, des similitudes avec son propre parcours. D'un premier film qui retrace son histoire, Gatti propose : "Voilà qui est Roger Rouxel, il faut lui donner quelques instants de plus à vivre." Les six autres films rendent compte de la manière dont les habitants de toute une région, organisés en groupes de travail, ont réagi en fonction de leur vie quotidienne et se sont emparés à leur tour du personnage. À chacun de choisir le lieu qu'il avait en commun avec Roger Rouxel et à partir duquel il pourrait donner son chant, sa mémoire ou son imaginaire. Diffusés sur FR3 en 1979, les films sont aussi le fruit d'une aventure collective puisque l'on retrouve à la réalisation, au son et au montage, Hélène Châtelain, Stéphane Gatti et Claude Mouriéras.

5. La Résistance

6. La Dernière Nuit

7. L'Usine

Images

Résumé

5. La Résistance. Avec des matériaux de récupération, les enfants ont construit les maquettes de lieux liés à l'histoire de Roger Rouxel : la cellule à la prison de Fresnes, avec "des barreaux qui chantent", la Préfecture où il a été torturé, la maison de Mathilde et sa boîte aux lettres pour accueillir la première lettre. Mais c'est le tribunal où il fut condamné à mort qui sera reconstitué en une magistrale sculpture musicale sur la route de St-Quentin-Fallavier.

Le tribunal qui jugea Roger était installé dans le luxueux Hôtel Continental à Paris. À St-Quentin-Fallavier, ce sera une impressionnante machinerie, entièrement composée d'objets récupérés dans les décharges. Les enfants et le groupe Apras en tirent des sons dont chacun a une signification : "la condamnation", "les questions perfides", "la raison d'État"... "L'identité de Roger, c'est le cri de ces déchets de notre civilisation industrielle." Mais en 1979, la Résistance a encore un visage, celui de René Lallemant dans les environs de Pont-de-Beauvoisin. Dans le maquis, René montre les lieux : le poste de garde avec les "sonnettes", les hommes qui donnent l'alarme, la route qui mène aux "combats de la nuit", la ferme où s'est constituée en août 1944 la 5e Compagnie de marche du secteur Savoie, et la clairière qui faisait office de tribunal. René se souvient du "procès" de l'officier SS qu'il avait arrêté. En quelque sorte "la réplique à l'Hôtel Continental : le contre-tribunal".

 

6. La Dernière Nuit. Sa dernière nuit, Roger la passe dans la cellule de la prison de Fresnes, entre quatre murs de pierre. Pierres des barricades, pierres du Mont Valérien où Roger a été fusillé ainsi que d'autres membres du groupe Manouchian, pierres des montagnes où se cachaient les maquisards, pierres de l'abbaye de Tamié où les moines trappistes, par des chants qu'ils ont composés, retracent la dernière nuit de Roger Rouxel.

"Ils sont cinq dans la même cellule, tous condamnés aux mêmes rêves, aux mêmes années lumières. Cinq visages aux portes arrachées comme les baraques de la zone. La barricade de livres de Madrid et les massacres arméniens et les pogroms de Bessarabie et les exils garibaldiens et l'enfant d'un égoutier breton venu travailler à Paris, essayent de se tenir chaud, dos contre dos, marqués par la brûlure des cigarettes de policiers." Tel est l'un des chants poèmes que les moines vont dérouler tout au long du film, en plein air ou sous les voûtes de l'abbaye. Aux images de leurs tâches quotidiennes sont entremêlées des séquences d'archives : camps d'extermination, procès du maréchal Pétain, images de guerre. Plus introspectif que les autres films, La Dernière Nuit est marqué par la suspension du temps entre la vie et la mort, le temps de la première lettre. Au-delà de l'histoire de Roger, s'engage une réflexion plus large sur la mémoire des guerres et leurs cortèges de souffrances.

 

7. L'Usine. En quoi la métallurgie à l'époque de l'ouvrier Rouxel était-elle différente d'aujourd'hui ? L'usine, là où Roger n'aura pas eu le temps de commencer une vie professionnelle, c'est l'usine d'impression sur tissu de Bourgoin-Jallieu, fermée et occupée depuis deux ans. Lionel, qui travaille à l'ANPE "est celui dont le royaume est le plus étendu" ! Ce film resté inachevé n'a pas été diffusé sur FR3.

Sur les images d'archives, les trains emmènent les ouvriers réquisitionnés pour le STO vers les usines de métallurgie allemandes. Ces trains que Roger Rouxel et le groupe Manouchian se sont employés à faire dérailler. Arsène, seul survivant du groupe, nous montre la tactique un pied-de-biche en main. Aujourd'hui, le cheminot Eugène, en inspectant les locomotives en gare de triage, passe chaque jour devant la plaque commémorative des cheminots morts au combat. La mère de Thomas (ami de Roger et membre du même groupe) raconte quant à elle les repas qu’elle préparait malgré les restrictions et les coupons d'alimentation. Le souvenir de la faim en ces années-là, les élèves de l'école d'hôtellerie lui rendent hommage en préparant un banquet gargantuesque, à la hauteur de tous les repas manqués de Roger et d'une "faim vieille de 30 ans". Le film s'achève à l'usine où Roger était apprenti métallo, sur le témoignage du "rectificateur", un métier en voie de disparition. Un autre Roger possible.

(Stéphane Gérard)

Descriptif technique

Production
Les Voyelles, INA
Participation
CG Isère, Ville de Bourgoin Jallieu, Epida (Etablissement public de la Ville nouvelle de L'Isle-d'Abeau), Scanida, IAA
Conception
Armand Gatti
Réalisation
Claude Mouriéras, Hélène Châtelain, Stéphane Gatti
Sujet
Roger Rouxel
Année
1979
Durée
155' (50' + 56' + 49')
Double disque
Couleur / N&B
couleur
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne