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Premiers Regards (2/2)

2004, documentaire, 104 min, couleur

Réalisation : Laurent Préyale

Vidéos

Vulgarisant sans simplifier et dépassant le cadre de la simple pédagogie, Laurent Préyale retrace le premier demi-siècle du cinéma en quatre parties chronologiques. S’intéressant autant aux sujets des films qu’à leur mode de fabrication et de production, il multiplie avec boulimie extraits de films et documents d’archives, souvent montés en split-screen, et reconstruit un montage son, mi-réaliste mi-stylisé, lorsque les images sont muettes. Bien que l’Histoire soit une science du réel, Premiers Regards intègre une fiction comme fil conducteur. Barbara, Américaine, et Théodore, Français, tous deux témoins de leur époque de chaque côté de l’Atlantique, échangent une correspondance après s’être rencontrés à Paris lors de l’Exposition universelle de 1889. Ce principe suggère que le cinéma est avant tout une histoire franco-américaine, une histoire d’influence et de concurrence qu’entretiennent les deux pays. Resituant l’histoire du cinéma dans l’Histoire – programmatiques en cela ces images où l’on voit des permissionnaires de la Guerre de 14-18 gagner une salle de cinéma après avoir passé un cortège d’ouvreuses-religieuses – Laurent Préyale montre comment le cinéma dépend de contraintes extérieures et comment il s’en défait. Si chaque épisode reprend à son début l’essentiel du précédent, c’est pour mieux se projeter en avant, dans un mouvement qui est le principe même de ce nouvel art, né en 1895.

3. La guerre du parlant n'aura pas lieu, 1928-1935

4. Du technicolor à la drôle de guerre, 1935-1943

Images

Résumé

3. La guerre du parlant n'aura pas lieu, 1928-1935. En 1929, alors que les États-Unis sombrent dans la crise et que l’onde de choc du krach boursier gagne le continent européen, les studios se doivent quand même d'investir dans le cinéma sonore. La Warner, en effet, a sorti en 1927 le premier film parlant, Le Chanteur de Jazz ; c’est donc par l’emprunt et sans attendre la politique interventionniste du New Deal que les studios se lancent dans cette nouvelle révolution du cinématographe. Si le cinéma est un art de l’image et du son, c’est seulement en 1927 qu’est pleinement réalisée cette équation. Comme l’explique face caméra un homme vêtu d’un smoking impeccable, le parlant peut, à présent, "faire défiler sur l’écran le monde entier et le faire entendre". Cette séquence obéit à une mise en scène parfaite qui suggère la dimension spectaculaire du son : l’homme fait alors mine de faire tomber accidentellement un verre et le bris du verre est... parfaitement synchrone ! Face à l’invasion de films américains, doublés ou sous-titrés pour préserver, par exemple, la voix sensuelle de Greta Garbo, les artisans du cinéma français se réunissent avec force banderoles sur les Champs-Élysées et de grands groupes se montent autour de Bernard Natan ou Adolphe Osso. La guerre des studios laisse néanmoins émerger des artistes plus confidentiels, tel Jean Vigo, qui met en scène dans L’Atalante (1934) l’un des plus grands acteurs français, Michel Simon.

4. Du technicolor à la drôle de guerre, 1935-1943. S’ouvrant sur le Front populaire et s’achevant brutalement en pleine Deuxième Guerre mondiale, ce dernier volet conclut de façon ouverte l'histoire de ce premier demi-siècle de cinéma. Si le film s'attache d’abord à la couleur, dont il retrace avec précision les tâtonnements, c’est l’inquiétude causée par la montée des périls qui l’imprègne progressivement, tant le cinéma, qui se nourrit de réel, désire s’y confronter. Toujours en quête d’innovations, le cinéma introduit le technicolor trichrome en 1935. Mais la couleur reste l’apanage de grosses productions américaines qui peuvent, par exemple, pulvériser de peinture verte la forêt de Sherwood. Aux États-Unis toujours, de nouveaux comiques apparaissent : les Marx Brothers inventent la satire sociale. Et Ernst Lubitsch réalise des comédies d’une rare intelligence (To Be or not to Be, 1942). Comme Lubitsch, les cinéastes français s'engagent contre la guerre : La Grande Illusion de Renoir (1937), plaidoyer pacifiste, est fêté par tous, y compris par Roosevelt, et Clouzot condamne une France collaborationniste dans Le Corbeau (1943). En France de fait, le climat devient délétère. D’effrayantes images d’archives montrent un homme à la tribune s’en prendre à Bernard Natan parce qu’il est juif. Malgré la censure, avec Jacques Feyder et Marcel Carné éclôt une nouvelle sensibilité, celle du réalisme poétique, dont Jean Gabin incarne le héros tragique.

(Teddy Lussi)

Descriptif technique

Production
LBMG Productions, Gaumont
Participation
CNC, Ciné Cinéma
Réalisation
Laurent Préyale
Conception
Laurent Préyale, Marc Sandberg
Sujet
Jean Renoir, Bernard Natan, Henri-Georges Clouzot
Année
2004
Durée
104' (2x52')
Double disque
Couleur / N&B
couleur
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne