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Résumé
70 ans après l’indépendance des Philippines, Bulakna articule l’héritage post-colonial de l’archipel aux formes contemporaines de domination économique qui voient des milliers de femmes s’embaucher comme employées de maison en Europe. De Manille à Lisbonne, à travers les portraits de Melissa, sur le départ, de Norma, de retour au village, ou de Josephine, restée sur son île, Leonor Noivo signe un film choral d’une grande force poétique.
Entre passé et présent, Leonor Noivo tend des arcs pour saisir au plus près la réalité diasporique de l’archipel – un tiers des Philippins travaille à l’étranger. « Plus tu seras invisible, plus ton travail sera de qualité », explique Norma à Melissa. Cette désubjectivation des employées de maison, fruit des rapports de domination entre le Nord et le Sud, Leonor Noivo la met en perspective avec une soumission coloniale longue de cinq siècles. Pour rendre compte d’un écheveau de destins de femmes, la réalisatrice portugaise dont le geste emprunte à celui de la fiction, recourt à des dispositifs de mise en scène variés – du re-enactment* à l’usage d’archives – et investit la durée de chaque plan d’une puissance narrative. Très écrit, souvent nocturne, Bulakna vibre d’une sensibilité aux gestes autant qu'aux paysages. Et, nommé d’après un héros de la résistance contre les Portugais, qui, d’après la légende, porta le coup fatal à Magellan, fait signe vers un horizon d’émancipation pour des vies d’exil, de travail et de solitude.
*reconsitution
(Céline Leclère)
2025 - FIDMarseille - Festival International de Cinéma de Marseille - Prix Renaud VictorDescriptif technique
- Production
- Barberousse Films, Terratreme Filmes
- Réalisation
- Leonor Noivo
- Année
- 2025
- Durée
- 93'
- Double disque
- non
- Couleur / N&B
- couleur
- Genre
- Documentaire
- Diffusion
-
- Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques : oui
- Projection publique : oui
- Diffusion en ligne : oui
Avis
Sélectionné par 
Dans la luxueuse villa lisboète, l'uniforme blanc de Norma, la domestique de la maison, disparaît devant les murs immaculés. Norma était pourtant animatrice de radio aux Philippines, une voix publique. Elle a tout laissé pour obtenir un titre de séjour au Portugal et tenter de faire venir sa famille en Europe. La cinéaste Leonor Noivo met aussi en scène Melissa, jeune vendeuse de poisson de l'île de Mindoro qui prépare son premier départ économique. À Manille, les agences de placement forment les candidates à disparaître : « plus vous êtes invisible, meilleur est votre travail ». Les Philippines étant catholiques, elles seraient davantage « compatibles » avec leurs employeurs portugais. On parle de passeports confisqués. Le marché mondial des domestiques ne s'embarrasse pas de tels détails. Ce beau film porte le nom de la reine de l’île de Mactan qui vainquit les troupes de Magellan en 1521, liant l'histoire de ces femmes à celle de leur pays ; la colonisation ayant fait place à l'exploitation.
(Antoine Depreux, Bibliothèque publique d’Information)
