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Cette collection de 40 films courts a pour but de faire connaître des métiers d'art. Ici ces savoir-faire sont avant tout liés à des personnalités. Pour chacun des films, Viviane Blassel présente un artisan qui lui ouvre son atelier, explique sa pratique et montre ses créations. La question de la transmission est souvent au cœur du sujet. Ils sont céramiste, ébéniste, orfèvre, bottier, gantier, relieur, verrier, forgeron, pour les métiers les plus connus, mais la plumassière, la dinandière, l'émailleuse, l'écailliste, le graveur héraldiste, le maître plisseur ou le créateur en parasolerie en surprendra sans doute plus d'un. La plupart de ces artisans ont été honorés du prix Liliane Bettencourt pour l'Intelligence de la main.

1. Alain Guéroult, ébéniste restaurateur   2. Benjamin Caron et Isabelle Guédon, artisans du cuir   3. Jean-Louis Hurlin, forgeron d'art   4. Kristin McKirdy, céramiste    5. Ludovic Avenel, ébéniste   6. Michel Heurtault, artisan créateur en parasolerie    7. Nelly Saunier, plumassière   8. Pierre Corthay, bottier pour homme    9. René Tazé, taille-doucier, graveur d'art   10. Xavier Le Normand, artiste verrier-souffleur

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Résumé

1. Alain Guéroult, ébéniste restaurateur. Dans son atelier-caverne d'Ali Baba près de Montmartre, Alain Guéroult restaure des meubles prestigieux, souvent de fabrication française du XVIIIe siècle. Il révèle certains secrets d'un métier fondé avant tout sur l'amour du bois, le goût de l'Histoire et l'admiration pour les maîtres anciens. Un bon ébéniste restaurateur est d'abord patient : il faut, par exemple, plusieurs centaines d'heures pour sauver de la dislocation la marqueterie ouvragée d'un meuble Boule à tiroirs. L'assemblage d'étain, de laiton, d'écaille de tortue et de bois a souffert du chauffage moderne, et les matériaux réagissent entre eux de manière opposée, causant décollements et cassures. Redonner l'aspect et la valeur d'origine suppose donc une connaissance parfaite des matériaux mais aussi la familiarité avec les pratiques du passé.

2. Benjamin Caron et Isabelle Guédon, artisans du cuir. Dans leur show-room parisien épuré, aux tons noir et violet, Benjamin et Isabelle ont redonné leurs lettres de noblesse aux tables de jeux. Lui, bottier de formation, et elle, issue de la haute-couture, ont associé leurs savoir-faire et leur goût de l'innovation pour créer des objets au design résolument contemporain, reconnus internationalement puisque le MOMA de New York en possède un. Depuis leur premier jeu de backgammon noir et blanc incrusté de cristaux rouges, l'ascension a été fulgurante. Remarquées par Donna Karan, les créations du couple ont conquis le marché haut de gamme américain, mais aussi remporté des distinctions françaises. Du choix du cuir dans une boutique de la Porte Saint-Martin à la conception des projets sur ordinateur, l'idée de base est d'adapter les techniques de la botterie à des objets ou petits mobiliers.

3. Jean-Louis Hurlin, forgeron d'art. Nommé Maître d'art en 2000 par le ministère de la Culture, il est rompu à toutes les techniques de la ferronnerie. Entre la flamme et le marteau-pilon qui donne un rythme assourdissant à ce "ballet", comme il dit, il transforme patiemment le métal en objet d'art. La technique ancestrale du damas a sa préférence ; elle est devenue sa spécialité. Le damas permet d'obtenir un alliage du "dur" et du "doux", ni pliant ni cassant, grâce à plusieurs couches d'acier à teneur différente en carbone et en nickel. Chauffe à la limite de la fusion, martèlement, étirement et repliage : les gestes répétés et rapides donnent la qualité finale. Jadis utilisée pour produire épées ou couteaux, cette technique se met ici au service de la création : la réaction entre acier et acide génère des dessins aléatoires qui confèrent aux objets un caractère précieux, tel ce "service déjeuner" inspiré des surréaliste, impraticable à cause du nickel.

4. Kristin McKirdy, céramiste. Elle aurait pu être archéologue ou historienne de l'art, mais l'Américaine Kristin McKirdy a préféré le métier plus créatif de céramiste. Consacrer sa vie à ses œuvres élégantes et ambiguës est, pour elle, une évidence. Avant de mettre en forme, il faut battre, pétrir et rouler la terre, comme une pâte à pain, pour éliminer les bulles d'air dangereuses. On doit imaginer les couleurs futures et faire les mélanges. Laisser reposer les enduits à vernisser est impératif pour chasser les grumeaux. Quant au travail au tour, il requiert minutie et constance pour que chaque nouveau "colombin" – boudin d'argile – s'unifie à la forme en train de naître. L'enseignement la libère d'une dépendance financière liée aux ventes. Elle crée donc ses œuvres en toute liberté, toutes en rondeurs pures et en oppositions de textures et de teintes vives.

5. Ludovic Avenel, ébéniste. Faire de l'ébénisterie une discipline en accord avec son temps, en constante évolution, est l'ambition de Ludovic, 26 ans. Cela signifie utiliser les technologies actuelles, tirer parti de nouveaux matériaux et créer des formes inventives, sans pour autant renier les apports du passé. Trônant dans l'atelier, une paire de commodes, identiques en apparence, fait office de manifeste : l'une est une copie d'un modèle original art déco de 1912, reprenant la technique du galuchat associée à l'ébène et à l'ardoise, sa jumelle est une retranscription optant pour le caoutchouc, le papier gaufré et la résine. Formés à l'école Boulle, Ludovic et ses deux complices partagent la même passion communicative pour l'innovation. Leur collaboration avec d'autres métiers d'art va dans le même sens : pour un bureau en sycomore aux formes incurvées, l'ébéniste fait appel aux talents d'une spécialiste en maroquinerie dont le travail du cuir, en flexion, complètera le mouvement donné par le bois moulé.

6. Michel Heurtault, artisan créateur en parasolerie. Dans son atelier-boutique à Paris, il virevolte entre ombrelles froufroutantes et parapluies soyeux, et se sent investi d'une mission, celle de faire perdurer ce métier insolite et désuet. Longtemps costumier au cinéma, il s'est spécialisé dans ces accessoires météorologiques pour suivre un rêve de gosse, se formant en autodidacte. Chez lui, tout est haute-couture. L'atelier regorge de trésors chinés avec patience : manches à pommeaux animaliers d'argent, soies sauvées de robes partiellement abîmées, dentelles de toutes époques. Ces matériaux de luxe, certains du XVIIIe siècle, attendent une nouvelle vie. Ils inspirent aussi l'artisan pour des créations jouant avec les styles : à volants bouillonnants, à festons découpés par un rare exemplaire d'une machine ancienne, à dentelle 1900 cousue main de façon invisible. La qualité provient essentiellement de la préparation méticuleuse de l'habillage et de la monture. La coupe est fondamentale et, pour un tombé parfait, le patron de la doublure est différent de celui de la couverture.

7. Nelly Saunier, plumassière. C'est paradoxalement en plein cœur de Paris que Nelly a fait d'un concentré poétique de la nature, la plume, le fondement d'un métier étonnant, celui de plumassière. Il requiert observation et dextérité, et cette fascination pour la beauté des oiseaux qui a poussé les hommes de toutes cultures à s'approprier leur parure. Son champ d'action ne se limite pas au spectacle mais investit aussi la décoration et la mode. Qu'on l'utilise de façon littérale pour fabriquer des oiseaux plus vrais que nature ou pour composer des fleurs, par exemple, la plume doit d'abord être minutieusement sélectionnée selon sa couleur, sa texture, sa taille. Pour mieux préparer la matière, elle peut recourir à la vapeur qui redonne volume et douceur d'origine. Puis viennent l'ébarbage et le découpage, puis le collage ou la couture. Avec le designer Olivier Gagnère, elle invente un miroir paré de plumes rouges, opulentes et mousseuses. Mais le trompe-l'œil la fascine également. Il est à la base du pull jacquard en duvet de dinde réalisé pour Jean-Paul Gaultier.

8. Pierre Corthay, bottier pour homme. C'est près de la place Vendôme, haut lieu de l'élégance et du luxe parisiens, qu'officie Pierre. Reconnu Maître d'art en 2008, il vise à moderniser par les formes et les détails un savoir-faire traditionnel mis en œuvre avec l'enthousiasme et les compétences de toute une équipe d'"ouvriers de pied". Ses chaussures chic ont fait des adeptes dans le monde entier. Tout naît de la "forme", modèle stylisé en bois du pied à chausser : on y placera les gabarits qui permettront la coupe de la peausserie, avant l'assemblage cousu main des différentes épaisseurs. Puis ce sont les finitions, la couleur et le cirage, sans oublier la confection de l'embauchoir, impératif pour une chaussure de cette qualité. Quarante à soixante heures de travail pour une paire. Le choix des cuirs et des accessoires est aussi essentiel. Bottines à boutons, souliers lacés, profilés, à découpes, lustrés, vernis, à talonnette de cuir, à semelle de liège, de crêpe... la gamme est vaste.

9. René Tazé, taille-doucier, graveur d'art. Il pratique différentes techniques de gravure en creux, l'eau-forte et l'aquatinte. Il en montre les différentes étapes jusqu'à la presse, d'où vont naître les estampes en plusieurs exemplaires de plasticiens tels Miquel Barcelo ou Yang Pei Ming. L'artiste Françoise Petrovitch montre l'élaboration de la gravure en taille-douce à partir d'un de ses dessins : à la pointe, elle incise le vernis dont une plaque de cuivre a été enduite. Puis René plonge la plaque dans un bain d'acide qui attaque le métal en le creusant là où il a été dénudé. Tous deux, penchés sur la presse, commentent le résultat. Pour obtenir des masses nuancées, proches du lavis, le graveur utilise l'aquatinte : dans une sorte d'armoire, une poudre de résine se dépose sur une plaque de cuivre qui y a été entreposée. Celle-ci est ensuite chauffée au chalumeau pour fixer les grains. L'acide mordra autour de ces points de résistance, attaquant le métal protégé ailleurs par du vernis. Une fois rincée et séchée, la matrice est prête à être encrée au rouleau. Tout l'art consiste à essuyer plus ou moins le surplus d'encre pour moduler l'intensité des teintes à l'impression.

10. Xavier Le Normand, artiste verrier-souffleur. Il crée des pièces massives en verre, jouant sur les rondeurs et les strates de couleur, d'où émane une certaine sérénité qui contraste avec leur fabrication, complexe, physique et risquée. Dans son atelier à Montreuil qu'il partage avec un serrurier d'art, il veut faire évoluer le métier et l'ouvrir à de multiples expériences. Formé près de Nancy, ville de Gallé, puis en résidence au Canada et au Japon, il nourrit son inspiration de l'échange des savoir-faire. Pour nous le prouver, nous assistons à la naissance d'une création commune avec ses compagnons d'atelier : une élégante boule de grillage à plaquettes d'acier attend d'être remplie d'une bulle de verre soufflé dans les tons rouges. Le principe existe dans certaines traditions, mais ce qui est nouveau, c'est le découpage complexe de l'armature qui rend l'opération hasardeuse. Il faudra une chorégraphie orchestrée avec minutie, canne à la main et au bec, pour que la pâte de verre en fusion, roulée et allongée, puisse pénétrer dans la boule et la remplir.

(Laurence Wavrin)

Descriptif technique

Production
Dream Way Productions
Participation
Fondation Bettencourt Schueller, TV5 Monde, Stylia, CNC, ministère de la Culture et de la Communication
Réalisation
Viviane Blassel
Année
2010
Durée
130' (10x13')
Double disque
Couleur / N&B
couleur
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne