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Sur mesures (2/4)

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Cette collection de 40 films courts a pour but de faire connaître des métiers d'art. Ici ces savoir-faire sont avant tout liés à des personnalités. Pour chacun des films, Viviane Blassel présente un artisan qui lui ouvre son atelier, explique sa pratique et montre ses créations. La question de la transmission est souvent au cœur du sujet. Ils sont céramiste, ébéniste, orfèvre, bottier, gantier, relieur, verrier, forgeron, pour les métiers les plus connus, mais la plumassière, la dinandière, l'émailleuse, l'écailliste, le graveur héraldiste, le maître plisseur ou le créateur en parasolerie en surprendra sans doute plus d'un. La plupart de ces artisans ont été honorés du prix Liliane Bettencourt pour l'Intelligence de la main.

1. Anne-Lise Courchay, relieuse   2. Aurélie Lanoiselée, brodeuse créatrice textile   3. Christian Bonnet, écailliste   4. François-Xavier Richard, imprimeur  5. Françoise Hoffmann, artiste feutrière   6. Jean-Pierre Cottet et Francis Régala, orfèvres   7. Lison de Caunes, créatrice restauratrice de marqueterie   8. Olivier Fabre, gantier   9. Patrice Cloud, tourneur de porcelaine de creux   10. Roland Daraspe, orfèvre

 

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Résumé

1. Anne-Lise Courchay, relieuse. Elle s'est installée aux ateliers du Bel-Air à Montreuil, qui rassemble une douzaine d'artistes et artisans. Restauratrice de livres anciens, enseignante et créatrice, elle utilise et transmet une longue tradition de savoir-faire. Passionnée par son métier, elle innove en réponse à des commandes spécifiques ou à la suite d’échanges avec les artistes des ateliers voisins. "Mon rôle, c’est de conserver la trace humaine" explique-t-elle, dont le matériau de prédilection, le parchemin, a été inventé voilà 2200 ans. Dans son atelier rempli de rouleaux de toutes les couleurs, elle assemble avec minutie une marqueterie qui ornera une couverture : "Le but de la reliure, c’est d’inviter à lire le livre, c’est un accompagnement et aussi une protection." Esthétiques et fonctionnels donc, tels sont ces étuis-coffrets innovants pour protéger les livres anciens de la bibliothèque de Chantilly. Pour des livres uniques, elle donne libre cours à son imagination, en collaboration avec leurs auteurs : ici avec Frédérick Tristan, prix Goncourt 1983.

2. Aurélie Lanoiselée, brodeuse créatrice textile. Dans son appartement-atelier du XVIIIe arrondissement à Paris, Aurélie, 29 ans, bouleverse les techniques traditionnelles de la broderie en faisant feu de tout matériau qu'elle va dénicher dans les magasins de tissus, laines et fils de Montmartre. Ses méthodes peu académiques lui permettent une totale liberté de création, apparemment très appréciée des couturiers avec qui elle collabore. Des murs garnis de bocaux, de boîtes et de nombreuses photos de mode de vêtements qu'elle a réalisés, tel est le décor de son atelier. Pour cette robe très en relief dans les tons blancs, intitulée Léviathan, elle mêle soie, gaze de coton bouillie, feuilleté de guipures, auxquels elle adjoint perles, strass et pièces de métal. Pascal Millet, créateur, qui l'avait remarquée à l'école pour ses broderies-raccommodages sur vêtements de travail, dit d'elle : "Elle donne du volume aux dentelles souvent trop plates. Elle n’a pas de limites, avec des plumes, du froissage, du bourrage... elle va toujours plus loin !"

3. Christian Bonnet, écailliste. Un métier aussi rare que l’écaille de tortue qui lui est nécessaire. Dans cette matière précieuse, Christian sculpte des lunettes sur mesures, restaure et crée des objets de luxe. Il est également tabletier, métier disparu consistant à préparer la matière première, les plaques d’écaille "greffées" entre elles. Il a commencé son métier aux côtés de son père à 14 ans. A son tour, dans son atelier à Sens, il travaille depuis dix ans en étroite collaboration avec son élève maître d'art, Daniel Bernard. Tous deux nous détaillent toutes les étapes de fabrication : choix des écailles selon leurs couleurs, leurs flammes, assemblage en plaques par autogreffe, puis sculpture de l’objet. L'écaille possède cette propriété d'autogreffe unique au monde, qui est réalisée grâce à la conjonction de trois facteurs : chaleur, pression et humidité. Montures et autres objets terminés, c'est dans l'atelier-boutique du Palais-Royal à Paris qu'ils vont être exposés - ou réajustés à la demande : fume-cigarette, peigne à cheveux, bracelet ou éventail y brillent de mille feux.

4. François-Xavier Richard, imprimeur. Il est imprimeur de papier peint à la planche. L'atelier d'Offard, qu'il a créé il y a dix ans à Tours, pratique avec des outils et un savoir-faire qui remontent au XVIIIe siècle, même si les nouvelles technologies concourent à la création des planches de motifs. Avec un seul assistant, à partir de matières premières telles que pigments et colle de peau de lapin, l'artisan réalise toutes les étapes entièrement à la main. Une fois la peinture à la détrempe appliquée sur une bande de papier vierge étalée sur une table de 10 mètres de long, vient le temps du séchage, puis de l'impression des motifs. Avec son père, François-Xavier a monté une copie de presse du XVIIIe siècle, modifiée pour être actionnée par une seule personne. La fabrication des planches - des tampons géants de 50 par 50 centimètres - reste un secret d'atelier. L'atelier d'Offard perpétue des techniques d'impression comme la tontisse, un effet velours obtenu avec de la poudre de laine collée.

5. Françoise Hoffmann, artiste feutrière. Issue du théâtre, c’est en admirant les chapeaux de Philippe Model qu'elle a découvert le feutre. Aujourd'hui maître d’art, membre des Grands Ateliers de France, elle fabrique cette matière dans son atelier à la Croix-Rousse à Lyon, historiquement celui de la soie, et crée des vêtements : de vastes manteaux, mais aussi des gants, en collaboration avec la créatrice gantière Marie Beyer à Paris. Entre les étagères remplies de fibres de laine aux couleurs vives, les portants de vêtements et les grandes tables, Françoise Hoffmann parle de sa passion : "J’ai été attirée par le feutre tant pour ses couleurs que pour ses densités de matière. On peut travailler sans couture, c’est vraiment une matière que l’on modèle, c’est du moulage et on crée des sculptures." Penchée sur la table, elle répartit la fibre de laine de manière homogène sur une natte, l’humidifie, la recouvre d’une moustiquaire, la savonne puis la foulonne en roulant la natte. Une fois la matière de base réalisée, elle fabrique un vêtement avec un gabarit sur lequel elle moule le feutre.

6. Jean-Pierre Cottet et Francis Régala, orfèvres. L’atelier d’orfèvrerie Richard, à Paris, est l'un des derniers à forger des couverts à partir de lingots d’argent. Francis Régala a racheté cette maison qui fête ses 100 ans. Une longévité qu’elle doit à sa double activité, la création, domaine de Francis Régala, et la restauration, qu’assure Jean-Pierre Cottet. Les deux hommes acoquinent également leur art avec la haute-couture en participant aux créations de Franck Sorbier. Francis Régala a appris ces gestes de son père. Pour créer une fourchette, comme il nous le montre : il forge au marteau la plaque d’argent, la place sous la presse, l’estampe, ébarbe ce qui déborde, ouvre les dents puis polit l’objet créé. Reste à appliquer le poinçon du Maître et celui certifiant la qualité de l’argent. Jean-Pierre Cottet, côté restauration, s'occupe le plus souvent des soucis de pièces manquantes sur des théières ou autres objets du XVIIIe siècle, destinés aux ventes et aux collections.

7. Lison de Caunes, créatrice restauratrice de marqueterie. Petite-fille d’un marqueteur sur paille, elle a décidé de suivre la même voie. Dans son atelier près des Invalides à Paris, elle détaille sa passion, accessible à tout un chacun selon elle, car il suffit d’une lame, de paille et de colle. Une simplicité qui n’ôte rien au charme de ces objets marquetés, flattés par la lumière que la paille, naturelle ou colorée, reflète merveilleusement. Pratiquée depuis le XVIIe siècle par les bagnards et les religieux, la marqueterie sur paille a connu son âge d’or avec l’art déco. Lison de Caunes a trouvé peu d'archives sur cet artisanat quelque peu méprisé. Après une formation d'ébénisterie et de marqueterie sur bois, et grâce aux modèles de son grand-père, elle fait perdurer cet art en créant et restaurant de nombreux objets. Elle joue à créer des motifs avec le sens de la fibre. Alliée au métal, au verre ou au bois, tout est possible : poudriers, flacons, paravent aux papillons, table au motif madras, et même cette assise de fauteuil façon léopard, commandée par la designer Maria Pergay.

8. Olivier Fabre, gantier. A Millau, qui fut capitale mondiale de la ganterie, la maison Fabre a été fondée en 1924. Aujourd'hui, elle fait partie des quatre dernières fabriques survivantes de la ville. La fondatrice, Rose Fabre, est le témoin de cette époque révolue. Olivier, son petit-fils, dirige avec enthousiasme la ganterie à Millau et la boutique très chic à Paris, dans les jardins du Palais-Royal. Son pari : allier le savoir-faire familial à la mode actuelle. Lorsque Rose Fabre évoque ses débuts, Millau comptait 6900 employés dans ses ganteries. La mode a changé, le port du gant a quelque peu disparu, mais pour Olivier, il s'agit de s'adresser à une clientèle aisée pour qui "le chic, c’est d’acheter ses gants chez un gantier". Pour réaliser des gants, il y a d’abord le choix des peaux, puis le dépeçage, la découpe des carrés qui formeront les mains et les pouces. Posés sur un calibre, les carrés sont découpés à la presse. On prépare ensuite les broderies et on monte. A Paris, la boutique expose ses créations au garde-à-vous, des courtes mitaines aux longues paires parées de jupons.

9. Patrice Cloud, tourneur de porcelaine de creux. Il est tourneur à la Manufacture de Sèvres, institution à la fois école, musée, atelier en activité et résidence d’artistes. S’il a obtenu le titre de Maître d’art, c’est pour être passé de la réalisation à la création, ce qui est rare pour un fonctionnaire de ce lieu. Avec lui, nous visitons les différents ateliers de cette fabrique prestigieuse : tournage, émaillage, peinture, création. Patrice Cloud travaille depuis 30 ans dans ce lieu historique qui produit la vaisselle officielle de l’Etat. Son métier est de reproduire les créations dessinées par les artistes, mais lui-même a par exemple créé une théière blanche avec son grand anneau à la base. La majeure partie de son travail se fait sur un tour. La future pièce en argile blanche encore humide y est travaillée, "pichouret" (bâton) calé sur l'épaule pour stabiliser les gestes. Puis les porcelaines sont cuites dans des fours à gaz ultramodernes, installés près des anciens fours à bois, immenses dômes de briques conservés comme objets de patrimoine.

10. Roland Daraspe, orfèvre. Reconnu Maître d’art et de nombreuses fois distingué, il travaille l’argent massif pour créer des objets utilitaires, d’art de la table essentiellement. Revêtu de son tablier en cuir, il martèle à froid une feuille d’argent sur son enclume ; un travail fastidieux qui peut prendre des heures. Une fois la forme atteinte, le contenant est rempli de cire pour que sa surface puisse être martelée encore plus finement sans créer de déformation. L’assemblage des éléments, pour une théière par exemple qu'il est en train de réaliser, se fait par brasure à 850°C au chalumeau. "Dans ce métier, il y a une implication du corps importante. Roland m'apprend l'amour de la matière, comment se détacher des techniques traditionnelles", explique Wilfrid Jolly l'apprenti. Roland répond parfois à des commandes, tel cet ostensoir pour un couvent dont l'or provient de pièces Napoléon fondues, que les sœurs lui ont fait parvenir dans un petit torchon.

(Caroline Terrée)

Descriptif technique

Production
Dream Way Productions
Participation
CNC, Fondation Bettencourt Schueller, TV5 Monde, Stylia, ministère de la Culture et de la Communication
Réalisation
Viviane Blassel
Année
2010
Durée
130' (10x13')
Double disque
Couleur / N&B
couleur
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne