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Au Togo, un documentaire fait bouger les rituels

Au Togo, un documentaire fait bouger les rituels
La production de Itchombi de Gentille Menguizani Assih signale l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes au Togo. En tournant son premier film dans un village, la réalisatrice participe à l’évolution des procédures du rituel de la circoncision. Cette démarche active se démarque de la production épisodique, mal entretenue par les pouvoirs en place au Togo. Elle s’appuie sur une petite structure de production privée qui a pu épauler le film grâce à l’action du programme Africadoc, mis en place pour former des documentaristes compétents et motivés en Afrique.

L’affirmation du cinéma n’a encore rien d’évident aujourd’hui au Togo. Même si les spectateurs sont friands d’images et d’action. Depuis l’indépendance, il n’existe aucun dispositif particulier de promotion de l’industrie du cinéma. Les soutiens qui ont permis aux réalisateurs togolais de produire, proviennent essentiellement des bailleurs de fonds du Nord. Pourtant, dans les années 1960, de nombreux reportages d’actualités sont faits et projetés avec les ciné-bus du CINEATO. Equipés de projecteurs 16 mm et d’un groupe électrogène, ils contribuent à l’engouement pour le cinéma en élargissant le public des salles. Leur nombre conséquent, entre 1960 et 1970, qui culmine à Lomé où l’on compte une quinzaine de cinémas, décline ensuite face à la concurrence de la télévision et des cassettes vidéo. Suivent des troubles sociaux qui achèvent de détourner les gens des cinémas. Aujourd’hui il subsiste moins de trois écrans dans le pays, concentrés à Lomé dont Le Togo, géré tant bien que mal par l’Etat, envahis par les productions étrangères. La majorité des images déferlent désormais du Nigeria sous la forme de DVD attractifs, vendus comme des marchandises.

Cette situation entérine les difficultés d’expression des premiers cinéastes togolais. Il faut attendre 1972 pour que Metonou Do Kokou signe le premier court métrage de fiction national, Kouami, une farce caustique sur les mésaventures de deux jeunes villageois qui découvrent l’exploitation et la prostitution en ville, suivi par La Lycéenne, 1976. Le premier long-métrage de fiction, Kawilassi de Kilizou Blaise Abalo, est bouclé en 1992, au terme d’une coproduction laborieuse entre le ministère de la Communication et de la Culture du Togo et le Burkina Faso où le réalisateur s’est formé au cinéma. Le film, dont le titre signifie signe avant-coureur, évoque le meurtre d’un professeur d’université par la femme qu’il a séduite, injustement accusée. Il ne sort en salle qu’en 1995. Les longs métrages de fiction restent exceptionnels et Felix Amenyo Eklu se distingue avec La Fille de Nana Benz (1997) : l’histoire trépidante d’une lycéenne qui va intégrer le monde agité du marché de Pote et se fait voler par une tante. Les possibilités de travail pour la télévision pour laquelle Kilizou Blaise Abalo tente d’écrire des séries en s’appuyant sur sa petite société de production, Lidaau Films Production, sont plus attractives mais peu rentables. L’espoir est de tourner vite pour faire baisser les coûts de fabrication, en se passant d’éclairages et d’accessoires grâce aux possibilités offertes par le numérique.

 

le documentaire en avant

Le documentaire reste le terrain de prédilection des rares cinéastes togolais. Installée en France, Anne-Laure Folly se fait connaître avec Le Gardien des forces (1992), consacré au vaudou, puis elle prend la défense des citoyennes d’Afrique de l’Ouest dans Femmes aux yeux ouverts (1994), traitant de l’excision et du mariage forcé, suivi de Entre l’arbre et la pirogue (1995), réflexion sur le développement qui élargit son champ d’action à d’autres pays ; elle investit notamment l’Angola pour Les Oubliées (1996). Sani Assouma Adjike réalise pour la télévision, Entre terre et mer (1995), sur les femmes qui luttent en organisant un marché parallèle. Les traditions sont défendues par Blanche Tchongolo dans Aneho raconte (1994), sur le culte d’une divinité dans une petite ville. D’autres se signalent par des films de sensibilisation comme Georges Manuel Nguele avec A la rencontre des autres (1996), sur le bilan d’une aide gouvernementale canadienne en faveur des pays du Tiers Monde, ou Ayicoe-Ghan D’Almeida avec Aziaba (1993), à propos d’un paysan qui prend une troisième épouse malgré la planification familiale. Exceptionnellement, un réalisateur s’engage sur le territoire expérimental lorsque Clem Clem Lawson signe Voyage en Métropotamie (1982), une satire sur le métro parisien. Ces initiatives éparses ne suffisent pas à étoffer l’activité du cinéma au Togo, malgré la tenue des Rencontres du cinéma et de la télévision de Lomé favorisant les échanges.

Le désir d’utiliser le cinéma comme un outil pratique, apte à montrer, dans un pays où la production reste si difficile, perdure dans les années 2000, et trouve un nouvel élan avec l’apparition du numérique. Sanvi Panou, basé en France, l’emploie pour filmer au Bénin, Beauté grandeur nature (2005), sur l’élection des Nanas Benz, puis L’Amazone candidate (2007). A l’intérieur du Togo, des petites sociétés de production naissent pour développer des sujets de commande, des courts métrages ou des séries télés à prix modique. L’une d’entre elles, Baga Images +, est animée par Batita Augustin Talakeana, un ancien militaire de la Marine, converti au cinéma. On lui doit le premier feuilleton togolais, Yon’Taba - Les Rivales, diffusé par CFI et les chaînes francophones, et un documentaire sur “la constitution togolaise ensanglantée”, tiré d’un de ses essais. Il s’est perfectionné par une résidence d’écriture pour long métrage, organisée par Nomadis Image, en 2006, et entend profiter des possibilités suscitées par des initiatives du Nord pour intensifier la production locale. Dans cette optique, le partenariat engagé par Africadoc à travers les collections Lumière d’Afrique 1, trouve un relais efficace chez Baga Images +. La société coproduit deux films de la première collection : Itchombi de Gentille Menguizani Assih et Autopsie d’une succession réalisé par Batita Augustin Talakeana lui-même, puis Kondona en pays Kabyé de Luc Abaki dans la deuxième collection.

 

s’impliquer dans le film

L’engagement de Gentille Menguizani Assih dans Baga Images + lui permet d’amorcer le tournage de Itchombi. Le travail sur l’image est pour elle une affaire concrète. Elle prend la caméra à bras le corps et assure elle-même le cadre et la prise de son. Le rituel de circoncision qu’elle examine au travers du film, trouve sa justification dans le conte énoncé en prologue au documentaire. Une légende évoque la rencontre d’une villageoise, égarée dans la forêt, avec des diablotins qui l’initient à la circoncision. Le rituel peut être ainsi effectué par certains et pas par d’autres. Son déroulement au cours du film révèle combien les hommes du village sont soumis au rituel et se sentent obligés de le perpétuer, à la fois pour respecter les traditions mais aussi comme un moment de transition convenu et marqué dans la vie sociale.

La réalisatrice donne à voir le déroulement de la cérémonie sans masquer l’intrusion que signifie sa présence avec une caméra dans le village. “Elle nous filme avec nos bassines,” s’exclament des femmes portant de l’eau au début du film. “On te filme,” souligne quelqu’un lors des incantations de bienvenue. Plus tard, une femme qui donne à boire à son bébé s’étonne : “Regarde. Pourquoi elle nous filme ? C’est bizarre.” Ces réactions sont souvent précédées, surtout au début du film, de regards appuyés vers la caméra ou de manifestations de curiosité envers la réalisatrice. Certains hommes dégagent même le champ de la caméra pour mieux être filmés en action lorsque le jeune citadin, revenu chez lui, est accueilli par les anciens. La communauté est ainsi donnée à voir dans sa conscience et son acceptation d’un tournage. Gentille Menguizani Assih affirme sa présence et l’assume pendant les préparatifs de la cérémonie, avant d’être reléguée au second plan lors de la scène même de la circoncision vers laquelle converge le corps du film. Bousculée par les protagonistes et les témoins, la réalisatrice continue de tourner à grand peine, par-dessus les épaules, absorbée par la masse communautaire mobilisée pour l’accomplissement du rituel. Comme si le village entier intégrait le tournage en tant qu’élément évident et participatif de l’instant.

Itchombi se livre comme un regard subjectif, assorti de commentaires brefs au début et à la fin, sur un fait de société. Il nous renseigne cependant sur toutes les étapes de déroulement de la cérémonie. Des plans larges embrassent le village dans les débuts du film, devenant de plus en plus serrés lorsqu’on se rapproche du moment de la circoncision. De la préparation des boissons dévolues aux candidats, aux cortèges qu’ils doivent former pour accomplir des danses dans des costumes bigarrés successifs, jusqu’à l’épreuve finale, filmée presque en plan séquence, le film est un précieux document sur ce rituel. Le sens de la cérémonie est aussi abordé au cours des échanges de la réalisatrice avec les participants. “Un non-Solla ne peut pas avoir le courage de se faire circoncire,” affirme l’un d’entre eux. Mais l’épreuve permet aussi à celui qui la subit de montrer sa bravoure et d’avoir ainsi son mot à dire, reconnu par la collectivité. Elle découle surtout du respect des ancêtres comme l’indique Gentille Menguizani Assih à la fin, en confiant : “Tu vois, quand j’étais petite fille, l’oncle de mon père me disait qu’un peuple qui oublie ses traditions est un peuple sans âme.”

 

accompagner les changements

Mais l’ombre du Sida qui plane sur le Togo et décime ses habitants fait de la circoncision un redoutable moyen de transmettre la maladie par les couteaux employés pour l’opération. C’est ce danger qui pousse l’un des jeunes candidats, qui arrive en compagnie de la réalisatrice, à demander la désinfection des instruments coupants. Pour cela, ils apportent de l’alcool et de l’eau de Javel en provocant un débat inédit. Certains envisagent d’introduire cette étape dans le rituel, d’autres ne veulent rien changer en se conformant à la coutume et en méprisant le danger. “C’est celle qui filme, qui vous apporte tout ceci,” s’indigne l’un des responsables du village. L’action de la réalisatrice est ainsi vigoureusement soulignée. Elle-même rentre volontiers dans le jeu en abordant de front le sujet. Au milieu du film, elle questionne un couple dont un fils va être circoncis, sur les précautions envisagées durant la cérémonie. La femme s’empare de la parole avec véhémence pour dénoncer les effets du Sida, s’affirmant concernée dans ses rapports sexuels avec son mari. Poussant son enquête, la réalisatrice interpelle aussi un vendeur de préservatifs qui démarche son produit en lançant : “Ce sont les chaussettes de la nuit, hein !” Son commerce provoque la colère d’un homme rétif à l’idée d’utiliser un préservatif (“porter la peau de quelqu’un pour baiser” dit-il).

Ces réactions à chaud attestent de la vitalité des échanges et aussi de la vitalité du village lui-même. On y découvre des jeunes dynamiques et braves pour affronter le rituel douloureux. On perçoit la communication qui circule entre les diverses composantes de la communauté. Les hommes organisent les rites, les femmes préparent les substances et commentent la situation. Les rires et la fantaisie fusent. Les anciens décident, les jeunes s’activent. On approche le Oualo, l’autorité morale et sacrée du village, qui établit le calendrier de la cérémonie. Mais si les villageois se montrent respectueux des traditions, ils sont aussi capables d’intégrer les changements proposés durant le film. “C’est vrai que c’est difficile de faire changer les choses, mais les vieux ont fini par comprendre que pour résister au temps, le rituel de l’Itchombi doit s’adapter à l’évolution du monde,” conclut Gentille Menguizani Assih. “Et depuis la fin de mon film, en pays Solla, nettoyer les couteaux fait désormais aussi partie du rituel.” Cette nouvelle approche, enclenchée par un documentaire et le désir d’un jeune candidat à la circoncision, prend alors la forme d’une allégorie concrète sur la force d’adaptation de la société rurale au Togo. La caméra y prend une nouvelle vigueur grâce à l’action d’auteurs volontaires qui s’appuient sur une vision personnelle, plus affranchie des codes, pour jouer un rôle positif dans la réalité.
 

Michel Amarger, décembre 2010.

1 La collection Lumière d’Afrique est issue du programme Africadoc pour soutenir l’émergence de nouveaux professionnels de l’image en Afrique subsaharienne. Africadoc, développé en France par Ardèche Images Production, entreprend des actions de formation et de mise en réseau de professionnels africains dans une vingtaine de pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale. Il prend en compte la création et la production ainsi que la distribution et la diffusion. La collection Lumière d’Afrique repose sur une charte de coproduction équitable. Elle a pour but de réunir 10 documentaires par an, réalisés par des auteurs de l’Afrique subsaharienne, au terme d’un accord entre un producteur européen et un producteur africain. Le tournage est effectué en Afrique avec une équipe africaine, et la postproduction en Europe avec le concours de stagiaires africains. La diffusion est assurée par le réseau TLSP (Télévisons locales du service public) via l’unité de programme REC (Réaction en chaîne). www.africadoc.net

Entretien avec Gentille Menguizani Assih
 

Comment avez-vous commencé à faire du cinéma ?

J’ai commencé  dans des agences de communication comme technicienne audiovisuel tout en assistant des réalisateurs sur leurs projets de films. Je suis effectivement rentrée dans ce métier par le biais de la formation Africadoc et d’autres formations en technique cinématographique. J’y ai suivi des résidences d’écritures qui ont abouti à mon film.

 

Que pensez-vous du cinéma togolais et de son évolution ?

Le cinéma togolais accuse un très grand retard. Il y a très peu de productions et le marché n’est pas encore structuré. Sur le plan technique, il reste beaucoup à faire. Malheureusement il y a un manque crucial de centres de formation performants. Mais je suis persuadée que notre cinéma a un bel avenir. Il y a tellement de choses à raconter et à montrer. Les choses commencent à s’organiser. De petites boîtes de production essaient d’autofinancer les films à petit budget destinés au marché local.

 

Quand avez-vous décidé de réaliser Itchombi ?

En 2004, quand j’ai rencontré un jeune homme qui avait les mêmes inquiétudes que moi concernant les pratiques à risque lors des initiations et qui devait se faire circoncire. 

 

Comment s’est déroulé le travail sur le film ?

La fabrication de ce film a été un long processus. Le tournage a été la partie la plus dure. Le village est difficile d’accès. Il est en principe interdit de filmer cette cérémonie et l’idée de suggérer que les vieux utilisent des désinfectants n’a pas facilité les choses. La partie postproduction s’est faite en France, dans un studio d’Ardèche Images à Lussas. Ça a été assez ardu comme travail mais nous avons tiré notre épingle du jeu. J’ai travaillé avec une monteuse très compétente qui a beaucoup donné de son temps et de son énergie.

 

Pourquoi avoir choisi Solla comme lieu de tournage ?

Je l’ai choisi parce qu’il n’y a que là que se déroule ce genre de circoncision initiatique. Dans la plupart des régions du Togo, on pratique des cérémonies d’initiation, autant pour les filles que pour les garçons. Mais celle de Solla représente l’extrême dans le sens du risque auquel elles exposent les jeunes initiés.

 

Avez-vous fait des repérages avant de tourner la cérémonie ?

Je ne suis jamais allée sur les lieux de tournage avant. C’est un village qui reste inhabité toute l’année. Les gens ne vont là que pour l’initiation et il n’est pas permis aux étrangers d’y aller en temps ordinaire. Par contre, j’ai fait un gros travail de recherche auprès des natifs pour avoir une description très précise du déroulement du rite et des lieux.

 

Comment avez-vous pu préparer les gens à votre tournage ?

À mon arrivée dans le village, il n’était pas question que je filme. J’ai passé deux semaines dans une famille. Je me suis intégrée au quotidien des habitants en participant aux activités ménagères (comme toutes les femmes de la communauté). Cela leur a permis de se rendre compte que je n’étais pas une étrangère venue juste pour faire un film. Je suis originaire du village voisin et j’ai été initiée moi aussi. Nous avons les mêmes principes et les mêmes croyances. A partir de là, les gens sont devenus ouverts, il y a eu beaucoup de débats. Le reste est venu tout naturellement.

 

Quel accueil ont-ils fait à votre projet de film ?

Au départ ils étaient réticents à l’idée que cette initiation soit montrée au public étranger ; peur qu’on les traite de barbares ; mais quand ils ont su quelles étaient mes intentions, ils ont jugé qu’il était mieux de jouer le jeu et de permettre à d’autres de comprendre leur culture. Dès que le film a été fini, ils l’ont vu et ont donné leur bénédiction pour qu’il circule.

 

Comment le rituel de circoncision est-il pratiqué au Togo ?

Presque tous les garçons sont circoncis à l’hôpital avant l’âge de trois ans, sauf chez les Sollas où il faut attendre l’âge de la puberté pour le faire sous forme d’initiation. Cette communauté est très minoritaire au Togo. Une autre partie des Sollas vit au Benin voisin et les deux groupes se retrouvent tous les deux ans pour l’initiation. Donc la circoncision en tant que rituel n’est pas une pratique répandue au Togo. Il faut néanmoins préciser que les rites initiatiques de passage à l’âge adulte existent dans presque toutes les régions du Togo. Le principe diffère d’une région à une autre. Et assez souvent, le problème d’exposition aux dangers se pose.

 

Le rite a-t-il beaucoup évolué depuis son apparition ?

Depuis mon tournage, beaucoup de choses ont été revues dans la méthode de circoncision. Une association des natifs Sollas s’est créée et, chaque année, ils font des collectes de fonds pour fournir des produits pharmaceutiques aux initiés et pour former ceux qui circoncisent les jeunes.

 

Quel est le sens d’un rituel comme la circoncision pour vous ?

Un rituel comme celui-là est très important dans l’éducation du jeune. Dans mon ethnie, il y aussi des cérémonies d’initiation. Les garçons apprennent la lutte traditionnelle et le rituel finit par un tournoi inter-villages. Chez les filles, c’est un apprentissage à la vie du foyer ; il n’y a pas d’excision. Je suis passée par là et ma perception de la vie a changé depuis. Selon moi les rites initiatiques aujourd’hui sont de belles occasions pour les jeunes de découvrir leur culture et de mûrir. Bien sûr, si ces pratiques sont faites dans les règles d’hygiène et sans trop de violence.

 

Pourquoi intervenir en proposant la désinfection des couteaux ?

Pour moi, il ne s’agissait pas seulement de faire un film mais je ressentais le besoin d’attirer l’attention de nos chefs traditionnels sur le danger que peut représenter certaines pratiques lors des initiations. Proposer la désinfection du couteau était pour moi le moyen d’ouvrir le débat et de suggérer une solution possible.

 

Comment est vécu le sida par la population du Togo selon vous ?

Aujourd’hui, la population ne considère plus le sida comme une maladie honteuse. Grâce aux programmes de sensibilisation, la majorité de la population a conscience de l’existence de cette maladie et ils connaissent les moyens de prévention. Les gens ont aussi appris à ne pas rejeter les malades du sida, ce qui fait que les séropositifs sont moins stigmatisés et bénéficient souvent du soutien de leur proches. Malgré tout, une partie de la population rurale continue à croire que cette maladie est une invention de l’Occident.

 

La circoncision est-elle une des causes de propagation les plus actives ?

La circoncision n’est pas la principale cause. La contamination par voie sexuelle en reste la principale. Et les regroupements de communautés lors des cérémonies d’initiation sont des occasions où les jeunes s’adonnent beaucoup aux activités sexuelles. 

 

Pourquoi introduire le film par un conte ?

Dans la culture africaine et plus précisément au Togo, le conte joue un rôle très important dans la transmission orale. La légende Solla existe telle que je la raconte. Elle se transmet de génération en génération. Elle m’a été contée et il donc tout naturel que je la transmette.

 

A qui s’adresse le commentaire de la fin ?

Le commentaire s’adresse à tout le monde. Aux jeunes Sollas, aux vieux détenteurs de nos traditions, au public d’ailleurs qui découvre une culture qui s’ouvre au monde et qui accepte l’amélioration.

 

Pourquoi avez-vous fait le cadre et le son vous-même ?

J’ai été obligée de faire le cadre et le son par la force des choses. Déjà il fallait le moins possible de personnes dans l’équipe. Pour empêcher les curieux d’affluer à la cérémonie, les dates sont décidées de façon imprévisible. J’ai été informée au dernier moment. Arrivée sur les lieux, je me suis bien rendue compte que c’était pour eux une façon de me dire qu’ils préféraient moins de monde. Alors j’ai fait comme je pouvais pour assurer le tournage.

 

Pour quelle raison avez-vous laissé vos questions dans les prises ?

Ce n’était pas un choix, cela s’est imposé. J’étais devenu membre de la communauté. Ma caméra n’existait plus. Les gens s’adressaient à moi en tant que personne de la communauté. Les gens ont oublié la caméra, et pour moi, c’était l’idéal car la personne filmée évoluait de façon naturelle. Je n’ai rien provoqué, j’ai juste respecté la réalité qui s’imposait à moi.

 

Propos recueillis par Michel Amarger, mai 2010.