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Routes de l'esclavage (Les)

Nouveauté

2018, documentaire, 208 min, couleur

Réalisation : Daniel Cattier, Juan Gélas, Fanny Glissant

Vidéos

Couvrant près d’un millénaire et demi, depuis la fin de l’Antiquité jusqu’à celle du XIXe siècle, ce documentaire en quatre parties chronologiques propose une histoire mondiale de l’esclavage entre Moyen-Orient, Afrique, Europe et Amérique. L’état des connaissances scientifiques sur le sujet y est présenté par des chercheurs de multiples institutions et de diverses nationalités. L’exposé des grandes mutations et des extensions géographiques successives de la traite des esclaves est entrecoupé de documents commentés en voix off et de séquences animées reconstituant des scènes de différentes époques.

1. 476-1375. Au-delà du désert

2. 1375-1620. Pour tout l'or du monde

3. 1620-1789. Du sucre à la révolte

4. 1789-1888. Les nouvelles frontières de l'esclavage

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Résumé

1. 476-1375. Au-delà du désert. L’esclavage est une pratique immémoriale et largement répandue, mais des circulations bien particulières émergent à partir du VIIe siècle de notre ère. L’expansion musulmane rapide est alors l’occasion de convertir en masse des captifs de toutes origines en force de travail requise pour la mise en place de ce nouvel empire. Ceux-ci transitent vers Bagdad, depuis les territoires conquis ou les marches vassalisées en passant par Le Caire ou l’océan Indien. Au IXe siècle, une crise de l’empire voit son centre de gravité se déplacer vers Le Caire et l’exploitation des esclaves passer de l’aménagement du territoire à la sphère domestique. Ces derniers deviennent alors le reflet du prestige de leur propriétaire, plutôt qu’une main d’œuvre au service direct d’un pouvoir central. Les circuits de traite sont aussi bouleversés, une proportion de plus en plus grande d’esclaves provenant alors d’Afrique et de moins en moins du Caucase. La conversion des esclaves à l’Islam, afin d’échapper à leur condition, crée une demande sans cesse renouvelée qui est satisfaite par l’extension des zones d’approvisionnement. Des routes commerciales sont établies ou renforcées à travers le Sahara jusqu’à Tombouctou. Le sud du Sahel devient alors un terrain de chasse où prélever celles et ceux qu’on relègue aux franges de l’humanité pour asseoir sa légitimité en tant que grande puissance marchande.

2. 1375-1620. Pour tout l'or du monde. A partir du XIVe siècle, les Européens vont reconfigurer les pratiques de traite négrière pour les mettre au service de leurs propres intérêts. Les Portugais se lancent les premiers vers les rivages de l’Afrique de l’Ouest et leurs "grands explorateurs" y imposent, par la violence, une économie de prédation au dépens des populations du littoral. Les îles du golfe de Guinée deviennent les bases avancées à partir desquelles les Européens entrent en contact avec les royaumes au-delà de l’équateur. Ils s’y approvisionnent en esclaves et les débarquent au Ghana pour les échanger contre l’or extrait sur place. Une circulation maritime intense se met alors en place pour alimenter ce commerce triangulaire. A São Tomé, plateforme majeure de ce commerce, les Portugais se lancent dans la plantation sucrière, réorientant résolument la traite dans une perspective productive et non plus commerciale. Au XVIe siècle, ce modèle se déploie outre-Atlantique, d’abord au Brésil puis dans les Caraïbes, étendant la portée et l’ampleur du commerce triangulaire et de la traite négrière. L’impact sur les sociétés africaines est délétère car cette traite implique une proportion grandissante de la population, pas uniquement par le nombre d’individus tombés en esclavage, mais aussi par le fait que les colons suscitent l’émergence de groupes sociaux intermédiaires leur permettant de maintenir un contrôle global en jouant sur des intérêts antagonistes.

3. 1620-1789. Du sucre à la révolte. Au début du XVIIe siècle, les nations européennes proéminentes se livrent une féroce concurrence dans le commerce triangulaire. Toutes deviennent pourvoyeuses d’esclaves à destination des plantations qui forment un univers concentrationnaire où la force de travail des esclaves est exploitée sans égard pour leur capacité de reproduction. Pour maintenir et étendre les plantations, il faut donc multiplier les expéditions de la traite négrière. Dans ce but, les infrastructures portuaires et les flottes de navires, qu’elles soient marchandes ou militaires, ainsi que la finance et l’assurance, prennent un essor inédit. Planification et rationalisation deviennent des enjeux déterminants de l’approvisionnement en esclaves. Parallèlement, le niveau de violence s’élève au sein des sociétés africaines prises dans ce maelström, à l’image de celle pratiquée par les négriers et les planteurs eux-mêmes pour mettre à distance l’humanité de leurs captifs. La superposition entre l’apparence et le statut des esclaves est aussi le ferment de la notion de "races" qui finit par se naturaliser et effacer toute autre distinction possible entre groupes humains. La tension qui s’élève de part et d’autre de l’Atlantique aboutit au XVIIIe siècle à des révoltes de plus en plus fréquentes aussi bien en Afrique que dans les Caraïbes. Ces faits n’échappent pas à l’opinion publique des sociétés européennes, au sein desquelles ils suscitent la montée d’un mouvement abolitionniste.

4. 1789-1888. Les nouvelles frontières de l'esclavage. L’indépendance d’Haïti obtenue en 1804 conduit les planteurs à offrir leurs compétences sur d’autres territoires. L’esclavage se renforce alors ailleurs sur le continent américain, tout en étant combiné avec une organisation scientifique du travail afin de répondre aux attentes des industries. Ce mode de production connaît son essor d’abord en Angleterre qui acquiert ainsi le statut de puissance dominante. C’est autant avec des arguments moraux qu’avec les capacités de sa marine de guerre qu’elle impose aux autres nations européennes la fin de la traite transatlantique en 1815. Aux États-Unis, la traite devient alors un marché intérieur concentré dans les Etats où l’on cultive le coton. La fertilité des esclaves devient un enjeu pour les propriétaires qui les gèrent à l’instar d’un cheptel. Le Brésil poursuit de son côté la traite de manière illégale, à un rythme encore plus soutenu. Alors qu’une vague d’abolition traverse les nations européennes et leurs colonies entre 1824 et 1848, l’esclavage perdure jusqu’en 1865 aux États-Unis et en 1888 au Brésil. La lutte contre la traite résiduelle devient par ailleurs le prétexte à l’intervention coloniale des pays européens en Afrique à partir de 1873. Au lieu d’exporter des esclaves, ces derniers sont employés localement par les colons pour produire des marchandises à exporter, tandis que la hiérarchisation raciale se renforce en dépit de l’affranchissement.

(Eric Arrivé)

Descriptif technique

Production
Compagnie des Phares et Balises, Arte France, Kwassa Films, RTBF, Lx Filmes, RTP, Inrap
Participation
CNC, Fonds Images de la diversité (CGET), Région Ile-de-France, Région Guadeloupe, Procirep, Angoa, ministère des Outre-Mer
Réalisation
Daniel Cattier, Juan Gélas, Fanny Glissant
Année
2018
Durée
208' (4x52')
Double disque
Couleur / N&B
couleur
Genre
Documentaire
Diffusion
  • Prêt aux particuliers par l'intermédiaire des médiathèques
  • Projection publique
  • Diffusion en ligne