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Bienvenue à Madagascar – Entretien avec Franssou Prenant

Bienvenue à Madagascar – Entretien avec Franssou Prenant
“Bienvenue à Madagascar Madame l’ambassadrice”. C’est par ces mots que Franssou Prenant fut accueillie à l’ambassade de Madagascar à Alger à la fin des années 1990. Mais la cinéaste, qui fut la monteuse de Raymond Depardon avant de se lancer dans la réalisation (L’Escale de Guinée, 1987), entretient depuis l’enfance un rapport intime avec Alger. Dans Bienvenue à Madagascar, déambulation au hasard des rues, conversations polyphoniques, histoire et souvenirs se conjuguent pour esquisser un portrait de la ville. Entretien avec la cinéaste.

Quelle est ton histoire avec l’Algérie ?

Lorsqu’il avait 20 ans, en 1946, mon père qui était géographe est allé en Algérie pour faire des recherches dans le Sahara. Il est resté six mois dans le désert avec un chamelier et il a appris l’arabe. Plus tard, il s’est fait nommer professeur dans un lycée d’Alger. Il y est resté de 1948 à 1951. Après ça, il est revenu régulièrement pour faire des recherches, mais il a été interdit d’entrée du territoire en 1956. Il avait rencontré des gens qui soutenaient l’Indépendance, comme André Mandouze, et il militait au parti communiste algérien. De son côté ma mère écrivait des critiques littéraires pour Alger républicain. Je suis née à Paris en 1952, mais mon enfance a été marquée par la guerre d’Algérie. Cette histoire a été un des éléments formateurs de ma conscience du monde. À Paris, mon père fréquentait beaucoup d’Algériens exilés, entre autres Kateb Yacine, Malek Haddad, qui venaient à la maison. Mon grand-père était menacé par l’OAS, nous, les enfants, n’avions plus le droit de sortir seuls ni de s’approcher de la porte de l’appartement. L’Algérie faisait vraiment partie de notre quotidien.

 

Mais tu as vécue en Algérie quelques années ?

Mon père est retourné en Algérie après l’Indépendance et nous sommes allés nous y installer en novembre 1963, je venais d’avoir onze ans. Je m’en souviens car nous étions en mer quand on a annoncé l’assassinat de Kennedy. Nous sommes restés jusqu’en juin 1966. Ces trois années ont été pour moi la découverte de la liberté. Ce sont les moments les plus heureux de mon existence. Le lycée était en face de l’immeuble où nous habitions. Un lycée magnifique avec un parc gigantesque et des souterrains. Quand je ne séchais pas les cours pour partir à l’aventure vers le port, j’explorais les souterrains. Ils avaient abrité le QG du général de Gaulle pendant la guerre. Il suffisait de pousser une plaque d’égout pour se retrouver en ville.

 

C’est à Alger que tu as découvert le cinéma ?

En janvier 1965, il y a eu l’ouverture de la cinémathèque algérienne. J’avais déjà été au cinéma à Paris, mais à Alger j’ai découvert le cinéma soviétique, ce qui m’a profondément marquée. La Mosfilm avait donné ses collections à l’Algérie, tous les pays socialistes et les cinéastes de “gauche” ont déposé des copies. De la même façon que les peintres de “gauche”, de Picasso à Matta, ont donné des tableaux au musée des Beaux-Arts d’Alger. J’ai délaissé le port pour aller aux séances de la cinémathèque. Je n’avais pas d’argent de poche, mais l’assistant du directeur, Valentin Pelosse, un anarchiste ami de mes parents, me laissait entrer gratuitement. Ça ne devait pas coûter grand-chose à l’époque.

 

Ce que tu me racontes ressemble aux souvenirs des Algérois qu’on entend dans Bienvenue à Madagascar, comme si vous aviez partagé la même expérience.

La plupart sont de ma génération, certains sont plus âgés. L’ami qui parle de la cinémathèque, qui est mort maintenant, Ali Bekkouche, l’a fréquentée au début des années 1970. Il devait être un peu plus vieux que moi. Je peux dire son nom, car il le donne dans le film. Pour les autres, je n’ai donné que les prénoms pour éviter les problèmes. Ceux qui parlent de la religion, en particulier, pourraient être considérés comme apostats, ce qui est puni de prison. Il y a aussi une vieille dame qui se souvient avec bonheur de la cinémathèque, une moudjahida, la nièce ou petite-nièce d’un des fondateurs du parti communiste algérien.

 

Les gens qui parlent dans le film, ce sont essentiellement des amis ?

Ce sont tous des amis proches. À l’exception des deux garçons qui parlent d’amour avec une jeune femme. Il ne s’agit pas d’entretiens au sens strict, je posais simplement l’enregistreur sur la table lors de moments de discussion. Bien sûr, j’avais leur accord. Ils étaient souvent réticents d’ailleurs. Ils ne me prenaient pas au sérieux. Mais je me suis imposée, en essayant de le faire sans violence. Quelques-uns ont refusé ou, s’ils étaient présents, ont gardé le silence. Le seul avec qui j’ai mené un entretien, c’est Ali Bekkouche, qui joue aussi le gardien du square. Je lui ai fait raconter sa vie depuis le début.

 

Ce film a mis longtemps à se faire. Quand on s’est rencontrés, il a une dizaine d’années, tu commençais à le tourner. Étais-ce le même projet ? Il faut préciser que ce film n’est pas né d’un voyage, mais que tout le temps du tournage tu vivais à Alger, c’était ta ville.

Après qu’on soit partis d’Alger en 1966, j’y suis retournée souvent pour assister mon père. Je l’accompagnais dans ses tournées au bled. Puis durant les années 1970, j’y suis allée trois étés de suite. À Alger, j’habitais chez Laurent (Laurent Radaody à qui le film est dédié, ndlr), qui était un ami, à l’époque réfugié politique. Dans les années 1970, Alger était en pleine effervescence. Il y avait là tous les mouvements révolutionnaires d’Afrique et d’Amérique latine, les Black Panthers, des réfugiés espagnols… il y avait même le Québec libre et des indépendantistes bretons. C’était le contraire absolu d’aujourd’hui, où il n’y a quasiment plus que des Algériens. On voit les Chinois qui travaillent sur les chantiers, mais les hommes d’affaires chinois et européens sont invisibles, ils ne sortent pas dans la rue. Maintenant, il y a quelques Sud-Sahariens qui ont échoué là en attendant de pouvoir payer un passeur pour traverser la mer. Au début des années 2000, j’étais la seule étrangère à me déplacer sans garde du corps, sans voiture. En 1999, Laurent, avec qui je vivais alors, a été nommé ambassadeur de Madagascar à Alger, c’est à ce moment-là que je suis revenue. J’étais en train de terminer Paris, mon petit corps est bien las de ce grand monde (2000). C’était tellement beau là où nous habitions que j’ai tout de suite commencé à filmer en Super-8. La résidence était comme un balcon sur la mer, une maison coloniale au-dessus d’une route en corniche qu’on n’apercevait pas à moins de se pencher. Il n’y avait pas trop de circulation à l’époque car il y avait encore pas mal de terroristes dans la colline au-dessus. Les gens avaient encore peur.

 

C’était la fin de la guerre civile ?

Ce n’était pas encore fini. Ça dépendait des quartiers. Nous vivions à Saint-Eugène, près de Bab-el-Oued, sous la plus haute colline d’Alger, qui s’appelle Bouzaréah. Là, il y avait des maquis semi-urbains. C’était moins construit qu’aujourd’hui. D’ailleurs, il n’y a pas eu d’attentats dans ces quartiers, mais il en y a eu au moins un par jour en Algérie jusqu’en 2003. Ils visaient de moins en moins les civils, surtout les policiers ou les militaires. Mais il y a en a encore aujourd’hui. En Kabylie, il y a d’importants maquis qui attaquent régulièrement des colonnes de gendarmes ou bien se font descendre.

 

Début 2000, c’est donc l’époque où tu as commencé à filmer.

Oui, je n’avais pas demandé d’autorisation de tournage. Alors je n’ai pas beaucoup filmé. J’avais peur de me faire arrêter, je n’étais pas très à l’aise. Même si les gens me laissaient relativement tranquille. À l’époque mon idée était de filmer en Super-8 muet un peu partout dans Alger et d’enregistrer les discussions très animées qui avaient lieu tous les vendredi chez Boudjémaâ Karèche, le directeur la cinémathèque. Il avait organisé un festival qui s’appelait “Une bobine à la mer”, une sorte de sursaut après la guerre civile. La cinémathèque n’a jamais fermé durant le terrorisme. Il y avait une séance par jour, pas la nuit évidemment. Lui était menacé, mais il dirigeait la cinémathèque depuis chez lui. Dès que ça a été possible, il a organisé ce festival et il a projeté entre autres L’Escale de Guinée et Paris, mon petit corps…, ainsi qu’un film que j’ai monté, D’une brousse à l’autre (1998) de Jacques Kebadian. Bref, lors de ces réunions chacun apportait à boire et on grillait des sardines. C’était des conversations très vives et allumées autour du cinéma et de la politique, plutôt drôles. J’imaginais un brouhaha dont émergeraient quelques paroles de temps en temps. Mais en 2004, la Kodachrome 40, ma pellicule de prédilection, a été supprimée, alors j’ai arrêté de tourner.

 

Qu’est-ce qui t’a donné envie de reprendre le film ?

Au cours de l’été 2009, j’ai tourné à Alger un film en vidéo avec des danseurs pendant le Festival panafricain. Quelques images de ce film [I'm too sexy for my body, for my bo-o-ody] se trouvent dans Bienvenue à Madagascar. Quand le festival s’est terminé, j’ai continué à filmer en allant parcourir la ville.

 

Ta manière de cadrer et de monter donne un sentiment d’improvisation. As-tu parcouru Alger au hasard ou as-tu précisément choisi les endroits que tu voulais filmer ?

Ce n’est absolument pas improvisé. J’ai filmé des endroits que j’aimais et d’autres que j’avais envie de mieux explorer. J’ai commencé par les escaliers du centre-ville. J’ai depuis longtemps l’ambition de grimper tous les escaliers de la ville. Ce qui est impossible, car ils sont innombrables. En montant les escaliers, j’ai commencé à dériver dans les rues adjacentes. Parmi les endroits que je connais moins, il y a le quartier du Clos-Salembier. J’y ai filmé certains plans de téléphérique et un groupe de collégiens assis dans un escalier. J’ai beaucoup filmé dans la Casbah, même si je ne la connais pas entièrement. Quand je suis arrivée en 2000, il était déconseillé d’y aller et comme elle à tendance à s’effondrer, on perd vite ses repères. J’ai mieux connu la Casbah d’autrefois. Quand j’étais petite, la femme de ménage nous emmenait tout en haut à la mosquée Sidi Abderrahmane. Les femmes allaient y faire quelques prières et manger des gâteaux. À l’époque, les rues étaient pleines d’artisans. À Bab-el-Oued, j’ai tourné les séquences avec les pêcheurs, les joueurs de boules et de dominos sur l’esplanade. J’ai aussi filmé la Madrague et Aïn Benian, à l’ouest d’Alger. Des petites maisons coloniales espagnoles assez pauvres. J’aurais voulu filmer le port, mais je viens seulement d’obtenir une autorisation. En règle générale, je filme ce que je trouve beau. Pas mal d’endroits sont saccagés par des opérations immobilières, je l’ai signifié en filmant des chantiers et quelques délires pavillonnaires de nouveaux riches.

 

Comment es-tu passée de l’envie d’enregistrer les conversations du milieu de la cinémathèque à ces conversations sur l’histoire de l’Algérie ? Est-ce l’évolution de la société algérienne qui t’a influencée ?

L’évolution de la société algérienne a commencé à m’angoisser quand j’ai vu que de moins en moins de choses devenaient possibles. Tout devenait de plus en plus étriqué. Même moi qui suis étrangère j’ai commencé à me sentir contrainte. Le symptôme étant la fermeture successive des bars et des débits de boisson sous des prétextes administratifs fallacieux. La cinémathèque aussi a disparue. En 2004, Boudjémaâ Karèche a été viré et ceux qui l’ont remplacé l’ont laissé dépérir. Les quelques cinémas en ville fraichement rouverts ont refermé très vite. La ministre de la Culture de l’époque n’était peut-être pas la seule responsable, tout était bloqué autour d’elle. Elle n’avait pas d’autre choix que d’organiser l’année de la culture arabe [Alger, capitale de la culture arabe en 2007]. Je commençais à étouffer, j’avais envie de partir. Mais les deux films et les plaisirs quotidiens me l’ont fait oublier.

 

Dans Sous le ciel lumineux de son pays natal, tu avais enregistré à Paris des Libanaises exilées qui parlaient de leur pays, paroles qui étaient montées sur des images de Beyrouth. La séparation du son et de l’image était justifiée par l’exil. Mais dans Bienvenue à Madagascar, cette même séparation semble indiquer une forme d’exil intérieur. Un repli matérialisé par les antennes paraboliques qui branchent directement les foyers sur un ailleurs.

Ces paraboles il y en a même dans les bidonvilles. Il y a la parabole et la voiture, même les gens pauvres ont une voiture, il y a peu de transports en commun et il faut bien se déplacer. Je ne sais pas comment ils les achètent, mais ils s’enferment aussi dans leur voiture. Évidemment, les femmes s’enferment. Les Algériens ont une fâcheuse tendance à monter des murs. Ils bouchent les fenêtres et les balcons avec des briques. Même si c’est pour ajouter une pièce, c’est quand même se priver de respiration. Récemment, ils ont même réussi à boucher la mer. À Bab-el-Oued, dans le cadre de l’aménagement des plages, ils ont construit un enrochement qui cache la ligne d’horizon. Cette plage était polluée et pleine d’ordures, mais elle avait une belle forme et elle était ouverte sur le large. Quand j’ai vu ça j’étais effondrée. Tous ces phénomènes sont liés selon moi à une conception familiale de la société. Tout tourne autour de la famille, de la maison. Tu ne peux pas imaginer le nombre de magasins à Alger réservés aux articles domestiques. Casseroles, rideaux, il n’y a que ça. Sans compter les magasins de baskets et les tenues islamiques pour femmes.

 

Dans une conversation, il est question des contradictions entre la constitution, qui garantit l’égalité des citoyens, et le code la famille. En quoi consiste ce code ?

C’est tout simplement l’application de la loi islamique au statut de la femme. La femme est considérée comme “mineure”, c’est-à-dire soumise à ses parents, son mari, son tuteur, etc. Il a été promulgué en 1984, sous Chadli Bendjedid, qui a succédé à Houari Boumédiène. L’amie qui en parle dit que c’est “le cadeau empoisonné de Boumédiène”, probablement parce que Boumédiène a favorisé le caractère arabo-musulman de l’Algérie. Au moment où le code de la famille a été adopté, il y a eu d’énormes manifestations et les femmes se sont battues jusqu’au début du terrorisme. Quand le FIS a remporté les élections, c’est surtout elles qui sont descendues dans la rue. Les assassinats d’intellectuels ont commencé en 1992-1993, mais parmi les premières victimes du terrorisme, il y a eu aussi beaucoup d’imams qui s’opposaient au salafisme. C’étaient simplement des gens pieux, des musulmans qui ne voulaient pas d’une dictature divine ni de ses assassins.

 

Dans le film, il y a un passage où des jeunes gens lisent une nouvelle dans un parc. Comment est née cette séquence très différente du reste du film ?

Je voulais filmer des amoureux. Or c’est rigoureusement impossible. S’ils sont surpris dans la rue, ils se font arrêter, on les emmène au commissariat, c’est rapporté aux parents, une vraie catastrophe. C’est pour ça qu’ils se réfugient dans les parcs. Ils ne s’embrassent même pas, ils se tiennent la main, ils se regardent dans les yeux. Hors de question de les déranger ou de les filmer à la sauvette. J’ai donc eu l’idée de mettre en scène, assez pauvrement, une nouvelle de Rachid Mimouni qui se passe dans le parc de la Liberté, anciennement parc de Galland. La nouvelle s’appelle Le Gardien. Elle est extraite de La Ceinture de l’ogresse, un livre sur les travers de la société algérienne : la chasse aux amoureux, l’absence d’eau aux robinets, l’adoration pour les gâteaux et ainsi de suite. Le tournage n’a pas été facile, le parc était bruyant, les gosses étaient intimidés. On m’a conseillé d’enlever cette séquence, mais j’ai résisté et je sais que j’ai eu raison. Cela crée une rupture dans le flot de paroles et d’images du reste du film.

 

Comment as-tu travaillé la voix-off ?

C’est assez différent de Sous le ciel lumineux de son pays natal où c’était des entretiens, retravaillés au montage pour que les paroles soient le plus distincte possible. Dans Bienvenue à Madagascar j’ai choisi de superposer les voix, ce qui m’a demandé un véritable travail de dentelière. Le matériau enregistré reste brut, mais j’ai ménagé des espaces pour qu’on puisse entendre la voix du dessus ou celle du dessous, j’ai créé des silences, rapproché des paroles éloignées. J’ai essayé de composer une partition. Je ne suis pas du tout musicienne, mais c’est un peu comme une fugue ou un canon. À cela s’ajoute ma propre voix-off, qui m’a fait un peu souffrir.

 

Elle est très différente des autres voix. Elle a l’air très écrite, d’une écriture très belle. On se demande si ce ne sont des extraits de carnets… à la manière de L’Escale de Guinée.

C’est mon langage à l’écrit, pas à l’oral. Quand est sortie L’Escale de Guinée, les amis me disaient parfois : c’est bizarre, tu écris bien et tu parles mal. Peut-être, depuis ai-je fait des progrès… À vrai dire j’ai eu du mal avec ce film, pour plusieurs raisons. D’une certaine façon, je ne me sentais pas légitime pour le faire. En tant que femme d’ambassadeur, j’ai mené une vie privilégiée à Alger. La preuve, c’est que je ne sais toujours pas parler l’algérien. Mes amis sont des intellectuels, qui font partie d’une élite peu fortunée, mais francophone. Certains parlent le français mieux que moi. Si j’ai connue l’Algérie profonde, c’était celle d’autrefois. L’Algérie profonde d’aujourd’hui, je ne peux pas dire que je la connaisse. Mais en définitive cette voix-off m’a permis de trouver ma place. Le choix de la musique également. La place que j’ai dans le film est celle que j’avais à Alger. Cela m’a été douloureux aussi à cause de la disparition de Laurent. Le film n’est pas autre chose qu’une déclaration d’amour à Laurent, à la ville, aux petites filles des rues d’Alger, à tous ces amis qu’on entend parler. Mais l’amour ne va pas non plus sans dégoût, sans fureur, sans violence. Heureusement que ce n’est pas tout sucre tout miel, sinon quel ennui !
 

Propos recueillis par Sylvain Maestraggi, mars 2018.