A l'occasion de la 41e édition du Cinéma du réel, du 15 au 24 mars 2019 à Paris, retour sur les films sélectionnés en compétition ces 10 dernières années, disponibles au catalogue.

 

2018 

Jusqu'à ce que le jour se lève de Pierre Tonachella, 2017, 108 min / Compétition française

Dans une région rurale que l’on devine être l’Essonne, une bande de copains d’une vingtaine d’années partage son temps entre recherche d’emploi et défonce. La tendresse brutale du groupe n’a d’égale que l’incertitude du monde qui les entoure. Parmi eux deux poètes cherchent les mots pour dire la rage, la crainte, mais aussi le bonheur. 

Les Proies de Marine de Contes, 2018, 53 min / Compétition française - Prix Louis Marcorelles de l'Institut français

Dès l’aube, à l’heure où blanchit la pinède, des hommes se livrent à un étrange rituel. Lampes frontales vissées sur la tête, ils attachent des pigeons sur des perchoirs puis les hissent jusqu’à la cime des pins. Les proies sont positionnées, l’attente peut commencer. Camouflés dans leur repère, les chasseurs tirent les ficèles d’une étrange installation artisanale, guettant et écoutant les réactions de la forêt. Au loin, des tronçonneuses se font entendre, menaçant leur activité dominicale.

 

Roman national de Grégoire Beil, 2018, 63 min / Compétition française - Mention du jury de l'Institut français
(prochainement au catalogue)

 


The Image You Missed de Donal Foreman, 2016, 73 min / Compétition française - Prix de la musique originale et Mention du jury de l'Institut français
(prochainement au catalogue)

Uppland de Edward Lawrenson, 2018, 30 min / Compétition court métrage

Une série d’images anciennes font ressurgir une cité perdue des confins du Libéria. Pas une cité indigène, mais une cité pavillonnaire ultramoderne. Dans les années 1950, la société Lamco a installé là ses employés pour exploiter le minerai de fer de la montagne voisine. Cité idéale ou désastre local, Edward Lawrenson et l’architecte Killian Doherty partent à la recherche des ruines de Yekepa.

 

2017 

Les Îles résonnantes de Juruna Mallon, 2017, 42 min / Compétition française

Éliane Radigue, née en 1932, ancienne élève de Pierre Schaeffer, est l’une des pionnières françaises de la musique électronique. Virtuose de la bande magnétique et du synthétiseur, elle s’aventure depuis quelques années dans l’univers sonore des instruments acoustiques. Le film nous plonge dans l’atmosphère de ses pièces récentes, dilatation océanique d’harmonies infimes, à la limite de l’hypnose.

Soleil sombre de Marie Moreau, 2017, 42 min / Compétition française

Sous un soleil de plomb dans une petite ville du sud de la France, Paulette lit la lettre qu’elle vient de recevoir : "J’espère que pendant mon absence momentanée tu prendras bien soin de toi et que tu ne sombreras pas dans la déchéance." Les traits marqués par un lourd passé de toxicomanie, elle suit alors un traitement censé lui permettre de reprendre une vie normale. Son compagnon Djilal vient d’être incarcéré, la laissant livrée à elle-même, entre besoin et crainte de le revoir. Son seul exutoire semble être désormais la caméra de Marie.

Pagani de Elisa Flaminia Innon, 2016, 52min / Compétition premier film 

Pagani ("Païens"), petite ville proche de Pompéi en Italie, ne porte pas ce nom par hasard. Depuis un temps immémorial, elle célèbre huit jours après Pâques la fête du Tosello. Il pleut en ce début de printemps mais une intense ferveur unit la communauté. Chaque année, par des chants, des danses et par l'intercession des femminielli (travestis burlesques), les paroissiens rendent un culte à Notre-Dame-des-Poules, madone locale de la fécondité.

Vetal Nagri de Léandre Bernard-Brunel, 2017, 52 min / Compétition premier film

À Vadodara, dans l’Etat de Gujarat à l’ouest de l’Inde, les boutiquiers travaillent la nuit. Sous les lumières rouges et bleues des lampes électriques, la caméra déambule dans les rues aux recoins obscurs en quête d’histoires de fantômes. Les commerçants, d’abord méfiants, finissent par se confier : passé minuit, il n’est pas rare de rencontrer une âme en peine qui vient vous envoûter...

People Pebble de Jivko Darakchiev, 2016, 18 min / Compétition court métrage

Falaises vertigineuses, plages de galets, ballast, carrières et autres terrils ; People Pebble, des gens et des cailloux. Un court film en pellicule et en noir et blanc qui oscille entre expérimental et contemplation. Vision mobile et fragmentée d’un paysage minéral, quelque part en Angleterre et dans le Nord de la France, qu’arpentent des foules oisives : promeneurs, motards, skieurs, géologues...

 

2016 

La Nueva Medellin de Catalina Villar, 2016, 84 min / Compétition française

En 2000, à Santo Domingo, bidonville perché sur les hauteurs de Medellin et peuplé de paysans déracinés, Juan Carlos, un jeune poète prodige, a été tué par balles. Depuis ses parents se battent pour qu’il soit reconnu comme une victime de l’interminable conflit armé qui ensanglante la Colombie. Sur les pas de Manuel qui préside le comité d’action sociale du quartier, le film montre ce qui a changé en une décennie et ce qui, tragiquement, perdure.

La Permanence de Alice Diop, 2016, 97 min / Compétition française - Prix Louis Marcorelles de l'Institut français

Dans un bureau exigu et défraîchi de l’hôpital Avicenne (Seine Saint-Denis), un médecin d’âge respectable tient une permanence ouverte à tous, sans rendez-vous. La plupart des patients sont des migrants sans droits sociaux. Chacun est écouté avec le même respect, la même empathie. Une psychiatre assiste à l’entretien mené par le généraliste car, au-delà des pathologies ordinaires et de la misère, ces naufragés souffrent tous du mal d’exil.


Vivere de Judith Abitbol, 2016, 110 min / Compétition française - Mention du jury des Bibliothèques

Paola, qui voyage beaucoup, vient régulièrement rendre visite à sa mère Ede à Tredozio, petite ville ouvrière d’Italie, blottie dans les collines de l’Apennin. Les deux femmes échangent des signes de tendresse et de complicité, partagent la joie et les souvenirs d’un moment de vacances. Mais, avec le temps, Ede éprouve des difficultés à s’exprimer, premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer.

 

2015 

Noche herida de Nicolas Rincon Gille, 2015, 87 min / Compétition internationale - Mention spéciale du jury

En Colombie, à flanc d'une colline, un bidonville peuplé de paysans qui, pris en tenaille entre guérilla et paramilitaires, ont fui leur village. Dans un cabanon de planches disjointes couvert de tôle ondulée, une grand-mère élève seule deux de ses petits-fils. Avec douceur et fermeté, elle tente d’en faire des hommes. L’aîné, 14 ans, commence à lui échapper. Le cadet, 11 ans, se contente encore, en guise d’évasion, de grimper à la cime des pins.

Rabo de Peixe de Nuno Leonel et Joaquim Pinto, 2015, 104 min / Compétition internationale - Prix Potemkine des Editeurs

Débarqués de Lisbonne un soir de réveillon à Rabo de Peixe (Queue de poisson), petit village de l’île de Sao Miguel dans l’archipel des Açores, Nuno Leonel et Joaquim Pinto décident de s'y installer un an pour partager la vie des pêcheurs. Ces derniers apparaissent à leurs yeux comme des "hommes libres", derniers héritiers d’un mode de vie traditionnel et communautaire qui menace de disparaître.

Souvenirs de la Géhenne de Thomas Jenkoe 2015, 54 min / Compétition française - Prix Louis Marcorelles de l'Institut français

Grande-Synthe, commune limitrophe de Dunkerque, abrite l’un des plus grands sites de sidérurgie d’Europe. Une petite ville tranquille où sommeille la violence. Le souvenir d’un fait divers : en 2002, un homme tire sur un jeune Maghrébin. Le discours de cet homme, celui de quelques habitants, l’observation des rues et des alentours de la ville sauront-ils éclairer la raison de ce geste ?

 

2014 

Que ta joie demeure de Denis Côté, 2014, 70 min / Compétition internationale

Dans un atelier tournent les machines. Elles ont chacune leur rythme, leur respiration, leur pesanteur. Les ouvriers qui les entourent ont l’air de s’ennuyer. Que reste-t-il à faire quand les machines tournent toutes seules ? Suivre la cadence, ajuster les pièces. Ou bien reprendre la discussion... Pour dire l’absurde du travail ou ce qui nous y rattache : la volonté de bien faire et de trouver sa place.

Sauerbruch Hutton Arcghitekten de Harun Farocki, 2013, 73 min / Compétition internationale

Sauerbruch Hutton : derrière ces deux noms se cache un duo d’architectes germano-britannique formé à Londres et aujourd’hui basé à Berlin, connu pour les lignes courbes et la polychromie de ses réalisations. Filmant de près le duo et leurs assistants, Harun Farocki explore le lent processus de maturation de plusieurs projets, dont un concours pour une Cité de la réalité virtuelle à Laval et le chantier d'un bâtiment universitaire à Postdam.

300 Hommes de Emmanuel Gras et Aline Dalbis, 2014, 82 min / Compétition française

Chaque soir, le centre d’accueil et de réinsertion St-Jean-de-Dieu à Marseille héberge 300 hommes. Ils viennent chercher refuge contre le froid, les rats, la faim. Ils ont perdu pied dans la société et tout effort de repêchage semble voué à l’échec. La communauté religieuse et les vigiles de nuit tiennent fermement le gouvernail car, livrés à eux-mêmes, ces hommes déchus à leurs propres yeux céderaient à la violence devenue leur seul exutoire.

Go Forth de Soufiane Adel, 2014, 63 min / Compétition française

Soufiane, "né en Algérie en 1981", interroge sa grand-mère Nana, qui vit en France depuis 1953, sur l’histoire de sa famille. Images du "bled" et d’Afrique noire, et vues aériennes de banlieue parisienne captées par un drone se mêlent au récit. De l’évocation du passé naît une méditation sur la résistance et le désir d’émancipation, où le réalisateur, en quête d’identité, puise la force d’aller de l’avant.

Kamen - Les Pierres de Florence Lazar, 2014, 67 min / Compétition française - Prix Louis Marcorelles de l'Institut français

Tandis qu’à Trebinje, au sud de l’enclave serbe de Bosnie, un tailleur de pierres récupère les matériaux d’antiques édifices musulmans détruits lors de la guerre de 1992-1995, à 200 kilomètres de là, à l’initiative du cinéaste serbe Emir Kusturica, on bâtit avec ces mêmes pierres une cité touristique qui fera revivre un passé national falsifié. A Trebinje, la plupart des musulmans qui ont survécu à l’épuration ethnique vivent désormais en exil.

Les Messagers de Hélène Crouzillat et Laetitia Tura, 2014, 70 min / Compétition premier film

Ils ont quitté leurs familles, traversé une bonne partie de l'Afrique, mais ont échoué à atteindre l’Europe. Beaucoup ont trouvé la mort dans le désert, beaucoup d’autres se sont noyés en Méditerranée. Ceux qui témoignent de cette immense tragédie collective sont des pêcheurs marocains et tunisiens, des policiers espagnols, des gardiens de cimetière, un prêtre, mais ce sont surtout des rescapés pleurant la mort de leurs compagnons d’infortune.

 

2013 

Le Terrain de Bijan Anquetil, 2013, 42 min / Compétition française

Une dizaine de familles de Roms roumains s’installent sur une friche urbaine allouée par la municipalité de Saint-Denis. Grâce à des matériaux glanés ici et là, chaque famille se construit un petit chez-soi aussi douillet que possible. Pour répondre aux exigences de la mairie, le collectif met en place des règles de vie commune. Mais au bout d'une année, l'autorisation est retirée et les familles partent vers un nouveau terrain.

Rain de Olivia Rochette et Gerard-Jan Claes, 2012, 82 min / Compétition premier film

En 2011, Rain est la première pièce d’Anne Teresa De Keersmaeker à entrer au répertoire du ballet de l’Opéra de Paris. Sous le regard attentif d’Olivia Rochette et Gerard-Jan Claes, les danseurs de Rosas transmettent la chorégraphie à ceux choisis parmi la troupe pour cette aventure. Progressivement, et non sans difficultés, ces derniers sont amenés à s'éloigner des acquis du classique pour s’approprier le langage de la chorégraphe flamande.

 

2012 

Two Years at Sea de Ben Rivers, 2011, 90 min / Compétition internationale

Seul au cœur d’une vaste forêt, dans une maison qui semble jonchée de souvenirs, un homme silencieux vaque aux tâches les plus quotidiennes. Au fil des saisons, il se livre à d’étranges activités qui laissent une large place à la contemplation. Tourné en pellicule, dans un noir et blanc profond et granuleux, Two Years at Sea est le premier long métrage du cinéaste expérimental britannique Ben Rivers.

 

2011 

La Pluie et le beau temps de Ariane Doublet, 2011, 75 min / Compétition internationale

Des producteurs normands qui en ont fait leur spécialité aux filatures chinoises où il est traité, le lin passe entre de nombreuses mains. Celles des agriculteurs qui le cultivent et des ouvriers qui le teillent, celle des commerciaux qui disputent de ses qualités et prix, enfin celles des ouvrières qui le transforment en fil et en étoffe. En chroniquant ces différentes étapes, Ariane Doublet propose un aperçu au ras du sol de la mondialisation.

The Ballad of Genesis and Lady Jaye de Marie Losier, 2011, 68 min / Compétition premier film - Mention spéciales du jury des Bibliothèques et du jury de l'Institut français

Qui eut cru que l’une des figures les plus radicales de l’undergound serait le cœur (forcément meurtri) de la plus poignante des histoires d’amour ? La pudeur avec laquelle Marie Losier pénètre l’intimité de Genesis P-Orridge est mise à rude épreuve par sa candeur, comme par ces films "de famille" au bord du voyeurisme – que la "pandrogynie" de Genesis et Lady Jaye rend pourtant indispensable.

 

2009 

L'Argent du charbon de Wang Bing, 2008, 53 min / Compétition internationale

Personnage principal de ce film : le charbon, dont on suit le parcours de son extraction en Mongolie jusqu'au port de Tianjin en Chine du Nord. Les poids lourds écument sans discontinuer les routes pour écouler une cargaison de qualité médiocre, puis retournent à la source. Routiers, revendeurs et autres entremetteurs s’agitent sans jamais redonner substance à une économie parfaitement déshumanisée.

Adieu la rue des radiateurs de Vladimir Léon, 2008, 37 min / Compétition française

En 2003, Mathieu Riboulet publiait dans Le Regard de la source (éd. M. Nadeau) une forme de monument funéraire dédié à une amie de Moscou, Nina Kotchekova. C’est cette élégie d’une haute densité littéraire qu’il lit chez lui à Paris, cinq ans plus tard, avec gravité et pudeur. Vladimir Léon, neveu de Nina, évoque la disparue en images, à travers les rues vides de Moscou aujourd’hui et des vidéos d’il y a vingt ans, joyeuses et spontanées.

Mirages de Olivier Dury, 2008, 45 min / Compétition française

Lors d’un voyage au Niger, Olivier Dury a croisé le chemin d’hommes entassés par trentaine à l’arrière d'un pick-up traversant le désert pour rejoindre clandestinement l’Europe via l’Algérie. Hanté par cette image, il a décidé de suivre l’un de ces convois de la ville d’Agadez jusqu’au cœur du Sahara. Malgré les terribles conditions du voyage, les hommes forment une petite communauté animée par l’espoir.

Le Pays à l'envers de Sylvaine Dampierre, 2008, 90 min / Compétition française

En Guadeloupe dans le village natal de son père, Sylvaine Dampierre conduit une enquête tout d’abord généalogique. Mais cette plongée dans les archives met en mouvement toutes les strates du passé de l’île, temps de l’esclavage et de l’abolition, temps de l’industrialisation et de la désindustrialisation, temps de l’exode vers la métropole. Avec le concours d’érudits, jardiniers, musiciens et danseuses, le film réhabilite ces mémoires enfouies.